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Culture : Lire Paris à travers les yeux des étrangers

J'ai plusieurs dadas relatifs aux Français. Pensez à cette manie, en voyage, de tellement apprécier nos rencontres avec des Hexagonaux que parfois, j'en oublie les sites magnifiques que nous sommes en train de visiter, de la Syrie au Pérou !. Pensons aussi au plaisir que je prends devant tout sketch, documentaire, texte ou anecdote où l'on compare les modes de vie et de pensée des Français et des Québécois (pour ne donner qu'un exemple, je me remémore avec délectation une capsule d'Anthony Kavannah où celui-ci imite un parent français qui se promène en forêt, puis un parent québécois qui fait de même... avec toutes les différences qu'on imagine – hilarant !). Sans compter mon répertoire des faux-amis – ces mots et expressions qui rendent l'interlocuteur complètement déstabilisé, du Québécois ébahi d'entendre un Français déclarer qu'il aime jouer avec ses gosses au Français médusé qui lit sur le devanture d'un magasin québécois : «suçons à vendre» !!!

Mais il y a bien mieux encore. J'adore lire le récit d'étrangers découvrant Paris. Je me délecte de leurs aventures, je savoure chaque détail de la ville qu'ils font revivre sous mes yeux (ahhh... Paris !), et souvent aussi, cela me fait rire aux larmes (désolée, chéri, pour toutes ces fois ou je t'ai réveillé en sursaut en plein coeur de la nuit à cause d'un éclat de rire incontrôlé !).

Et justement, je reviens de Paris (bon, j'ai quitté la ville le 6 mai dernier - 2010 - et  nous voilà le 28 juillet, et alors ?), et depuis, je relis avec un brin de nostalgie mes «classiques» du genre et en découvre de nouveaux. Cela mérite un petit compte rendu !

Tremblay.jpgDes nouvelles d'Édouard de Michel Tremblay

Je suis une fan inconditionnelle de Tremblay et en particulier de ses Chroniques du Plateau Mont-Royal. Ce que bien des gens ignorent, c'est que le quatrième tome du cycle, Des nouvelles d'Édouard, prend la forme de lettres qu'Édouard écrit à la Grosse femme pendant son périple à Paris (incluant sa traversée de l'Atlantique) dans les années cinquante. Même si je l'ai lu il y a une bonne dizaine d'années, je me souviens de ses aventures avec détails – la rillette suspendue à la fenêtre côté cour et les toilettes turques sur le palier, la longue promenade sur le boulevard Poissonnière où il se rend compte qu'il marche dans les pas du personnage de Gervaise dans L'Assommoir de Zola... Mais surtout, surtout, une scène m'avait profondément émue – celle où, attablé à un café, il se retrouve à côté d'un trio d'amis prénommés Simone, Albert et Jean-Paul... Jamais leurs patronymes ne sont nommés, mais ce clin d'œil complice au lecteur m'avait ravie !

Gabrielle Roy.jpgLa Détresse et l'enchantement de Gabrielle Roy

Cela fait encore plus longtemps que j'ai lu cette autobiographie inachevée de la grande dame manitobaine. Quelques chapitres se déroulent à Paris, alors que Gabrielle souhaite ardemment devenir actrice (l'appel de l'écriture n'ayant pas encore eu lieu – ça se fera à Londres, il me semble ?) – mais son accent en rebutera malheureusement plusieurs. Encore ici, certaines anecdotes typiques du nord-américain à Paris s'y retrouvent, dont la minuterie dans les escaliers (et l'inévitable moment où l'on se retrouve dans le noir les bras chargés de bagages !) J'apprécierais sûrement relire ses mémoires et y découvrir de nouvelles choses, car j'étais «bien jeune» à ma première lecture !

accent.jpgLes Français aussi ont un accent de Jean-Benoît Nadeau

C'est étonnant comme ce livre m'a plu. Je l'ai relu à mon retour, fin mai, et j'ai encore ri à en pleurer, en plus d'y comprendre mieux certaines observations que l'auteur partage avec nous. M. Nadeau est un journaliste québécois – il écrit notamment pour le magazine L'Actualité – marié à une journaliste anglophone originaire de l'Ontario. Non seulement il ne semble pas provenir de la même famille identitaire et politique que moi, mais il n'a apparemment pas non plus grandi dans une famille amoureuse de la France comme la mienne (chez nous, le besoin d'aller régulièrement en France est viscéral - le copain de ma mère passe régulièrement par la France pour aller au Sri Lanka et mon père a déjà fait escale à Paris pour aller... en Irlande !). Nous ne sommes pas aveuglément admiratifs, car nous avons une très forte estime de notre propre culture; c'est plutôt qu'on s'y retrouve comme dans un deuxième chez soi où résident plein d'amis très chers - des amis en chair et en os et d'autres qui ont donné leurs noms aux rues et places du pays – Hugo, Curie, Jaurès...)

Malgré des prédispositions totalement différentes des miennes au moment d'arriver en France, donc, l'auteur relate ses aventures parisiennes avec un humour contagieux. L'anecdote de la clé d'ascenseur perdue et du propriétaire portugais est particulièrement savoureuse, sans compter le pipi dans les orties et les foutues douches téléphones non fixées au mur ! J'ai bien aimé aussi le fait qu'il appelle un chat un chat – par exemple, affirmer que l'habitude des Français de nous reprendre quand on parle est impolie aux yeux d'un Nord-américain. Je n'avais jamais compris cet aspect du problème – il est vrai qu'ici, on ne reprend pas, ou si peu, les gens quand ils parlent. Quant à ses observations plus que pertinentes sur la société française, certaines m'ont fait découvrir des aspects que je méconnaissais – la pudeur de dévoiler son propre nom (et celui de Napoléon !), la raison historique de l'usage des volets aux fenêtres, etc.

Finalement, il m'a définitivement convaincue d'intégrer un club de randonnée si un jour je vais vivre en France (haha, sa description comparative d'un refuge de rando en Amérique du Nord et de son « équivalent » en France, d'où la nécessité de se munir d'accessoires fort différents pour chacun... tordant !). Ne serait-ce que pour goûter aux cerises deux couleurs (oh non, pour bien plus que ça) !

God save.jpgGod Save la France (traduction «française ») de Stephen Clarke

Mis à part un intérêt marqué pour les sous-vêtements de Françaises, on pourrait croire que ce livre est un clone du précédant : pour des raisons professionnelles, un Britannique s'installe à Paris et tente de comprendre les incongruités apparentes des Français – anecdote des crottes de chien incluse - d'ailleurs, le titre «anglais» est A year in the merde !

Je suis en train de le relire. Je me souviens que ma première lecture m'avait enchantée (je me suis procuré le livre après le passage de l'auteur à Tout le monde en parle il y a quelques années), et cette fois-ci, dès les premières lignes, je me suis remise à rire avec délectation – c'est écrit avec un humour bien anglais: ah, ces garçons de café de carrière qui traitent les clients avec mépris et ces employés qui reviennent de leurs six semaines de vacances d'été en discutant déjà de ce qu'ils feront à la Toussaint ! Les Français peuvent bien insister pour appeler une chaîne de salons de thé anglais My tea is rich... On leur pardonne !

Julia.jpgMy life in France de Julia Child

Chère Julia, je suis heureuse de t'avoir découverte grâce au film Julie and Julia (un tonnerre d'applaudissement à Meryl Streep, une fois de plus !). Car si tu as fait découvrir la cuisine française aux Américains et es devenue une célébrité aux État-Unis, je ne connaissais malheureusement pas ta fabuleuse histoire. Et quelle histoire ! Des années de guerre au Sri Lanka et en Chine, où tu as connu ton mari Paul, à tes années de bonheur en la belle France (hallucinant, le récit de votre arrivée dans le pays encore défiguré par la guerre, en 1948 !), le tout est raconté avec humour (encore !), enthousiasme et bonne humeur. Tu as eu un coup de foudre pour Paris, le pays en général, les Français en particulier*... et la cuisine française a passionnément changé ta vie ! Chaque anecdote de cette vie de Paris d'après-guerre – les délectables repas, les virées à Montmartre et les Halles la nuit, les subtilités culturelles des commerçants du quartier, des femmes de ménages et des chefs cuisiniers... Délicieux ! Merci à toi ! (J'en oublie presque que je lis ton livre, pas encore traduit en français, dans la langue de Shakespeare... sans effort aucun, tant ça me met de bonne humeur !)

* J'ai d'ailleurs trouvé rafraîchissant de lire enfin une description des Français comme étant des gens hospitaliers, charmants et généreux. Ça brise un peu le rôle ingrat que leur donnent bien des visiteurs. Julia a connu la France d'il y a plus de soixante ans, mais cela me rappelle mes plus récents séjours, où en effet, les Français étaient extrêmement serviables et toujours prêts à nous complimenter sur notre accent. Si c'est vrai qu'il y et une période ou l'accueil était, disons, peu aimable, les choses ont bien changé – à moins que les choses redeviennent ce qu'elles étaient avant ?! Peu importe, mes dernières expériences m'ont charmée, plus que jamais...

P.S. Moi qui viens d'écrire un billet sur ma difficulté à réaliser des projets - même petits - pendant ce congé de maternité, eh oui, j'arrive à lire (j'arrive TOUJOURS à lire !). Savez comment je m'y prends ? En allaitant; en mangeant – même si je n'ai que 5 minutes parce que bébé va bientôt me demander; dans l'autobus (une fois par semaine environ, s'il n'est pas trop bondé, ou même, parfois, s'il l'est). C'est par trop vital... Merci, livres, bis repetita !