Causes, toujours !

Intro

Marie l’urbaine et les Banlieusardises

Achat local ET bio

Une minute de silence, 15 000 jeunes, rue Sainte-Catherine

Des fleurs et des pots

Vive les couches lavables !

Pérégrinations d’une bipède urbaine

Retomber sur ses pattes

Recherche à réapprivoiser Noël désespérément

Procrastination ou persévérance ?

Sollicitée et mise en abîme

 

Les trois mois de tricherie sont arrivés !

 

Bons coups, poches coups à Montréal

Acheter selon ses valeurs, un exercice paradoxal mais délicieux au final

A l'Est de la Ligne orange, parcours nouveau

200 réfugiés climatiques à Ste-Agathe-des-Monts

Aimer son boulot, espérer et s’engager... inspirant ou dérangeant ?

Du tsunami à Haïti

Guerre d’hier, réflexion pour aujourd’hui et demain

La stérile compétition local vs international »

Une année chanceuse s'est terminée en queue de poisson

Mon horloge à gauche

Pour mes fermiers de famille

Nous sommes des millions d'oiessauvages

Attention : seules les 9 premières notes de cette liste apparaissent ci-dessous - y'a trop de causes sur ce blogue coudonc ! hihi ! Pour lire celles qui suivent, cliquer sur chaque titre directement.

Voir aussi :

Médias : Une famille « plus verte » dans le Bien Grandir

Voyages : Tourisme responsable au Viêt Nam

Cultures : Tristes tropiques à l'Underground Café

Léonard : Chambre de bébé de style récup-exotique

Cultures : Les cerfs-volants des enfants de la Résistance

Bonheurs : Sur le plancher des vaches à la ferme Formido, formidable !

 

Bonheurs : Deux mariages, des saris, huit desserts

 

Bonheurs : Ce n’est qu’un Au revoir, Mile End

 

Voyages : Première rencontre avec le Sud, cet otro mundo

 

Voyages : Je reviendrai à Sucre !

 

Bonheurs : Arbre de Noël récup-exotique

 

Bonheurs : Tag photo sur une planète près de chez nous !

 

Voyages : Inde paradoxale

 

Causes : intro

Mon premier geste engagé dont je me souvienne, je l’ai posé alors que j’avais 10 ans environ : j’ai publié dans le journal des parents de l’école un texte pour dénoncer la violence et les injustices dans le monde, et pour être plus « concept » (déjà à cette époque !), j’ai écrit ce texte dans le menhir que porte Obélix, dessin célèbre reproduit par mes soins, pour illustrer « le poids du monde ».  Comme dirait mon ami Gilles : « Oui mais toi t’étais fuckée » !! J

J’ai donc toujours été une personne passionnée, pleine d’idéaux, posant des gestes tout simples en espérant contribuer un tant soit peu à la construction d’un monde meilleur.

Au fil des ans, ma capacité d’indignation n’a fait que grandir, et heureusement pour ma santé mentale, ma motivation à agir et mon enthousiasme à souligner les bons coups n’ont pas faibli non plus, mais redoublé d’ardeur !

Il était clair que mon blogue comporterait une section sur les causes que je prône.  Et elles ont toutes un dénominateur commun : la solidarité ! 

J’ai déjà hâte aux premières notes que je publierai !

Causes : Marie l’urbaine et les Banlieusardises

On dirait le nom d’un groupe rock des années 50, trouvez pas ? J

Marie l’urbaine, c’est mon pseudo dans deux forums Internet où je partage questionnements et expériences avec une super communauté de (surtout) mamans.  Je me suis nommée ainsi quand je me suis inscrite au défunt forum des Banlieusardises : la superbe conceptrice de ce blogue utilisait le pseudo Martine la banlieusarde, et j’ai trouvé amusant de m’accoler le qualificatif d’urbaine, moi qui ne voudrais pas vivre en banlieue mais qui suis fan d’un site qui s’inspire du mode de vie banlieusarde (ben quoi, nous les humains, ne sommes-nous pas des paradoxes sur deux pattes ?! J)

Ma relation avec la banlieue est étrange. Tout d’abord, c’est important de le dire, j’ai plein d’amis qui vivent en banlieue et avec qui je partage des valeurs, des intérêts, des projets. Et je suis d’accord avec mon amie Isabelle, le mépris et les généralisations à l’emporte pièce, très peu pour moi.  Cela ne sert strictement à rien de parler de façon irrespectueuse des gens qui choisissent un mode de vie différent du sien. Et dans les deux sens : des remarques haineuses sur les Montréalais, sur le Plateau, etc., c’est aussi devenu un problème au Québec.  Quand on en est à en faire le sujet d’un débat à la télé, c’est qu’il y a certainement un malaise quelque part !  D’ailleurs quand je visite des gens en banlieue, je sens bien qu’il y a de l’incompréhension réciproque. On m’a souvent demandé comment nous faisions pour supporter tout ce pelletage – sauf qu’on n’a pas besoin d’utiliser la voiture tous les jours – ou encore la canicule – avec des arbres centenaires tout autour, des jardins et des vignes à l’arrière, je ne nous trouve pas si mal pris – ou encore le « manque » de stationnement – nous n’avons eu une auto que sur le tard, et seulement une, et avec la vignette, nous avons toujours une place devant la porte...

Mais il reste que... je ne pourrais pas. Sauf quelques exceptions (habituellement les anciens villages qui se trouvent à l’origine des municipalités – vieux Longueuil, vieux Sainte-Rose - me plaisent bien) je ne voudrais pas vivre en banlieue.  Voyez ?  La situation à l’envers de celle que je viens de décrire plus haut.  Moi aussi, je me demande « comment ils font ».

Mais pas question d’y aller par questions, ni jugements. Je vais plutôt tenter de donner mes critères dans le choix d’un lieu de résidence principale (en excluant pour les besoins de l’exercice le choix de la campagne, que j’adore aussi !).  Et je suis sûre qu’il existe des petits coins de banlieue qui y répondent à tous – pas question non plus de généraliser !!!

Mes critères  

-         Pouvoir aller au boulot et à la garderie à pied, en vélo ou en transport en commun pour moins de 45 minutes de voyagement (pour le boulot; moins encore pour la garderie hein !);

-         Pouvoir aller à pied au dépanneur/à la pharmacie/au club vidéo/etc;

-         Pouvoir, à partir du pas de sa porte, marcher sur des trottoirs et dans de petites rues commerciales où les terrasses sont sur le trottoir, avec de petits cafés et de petites boutiques qui donnent directement sur la rue (où il n’y a pas de grands espaces de stationnement entre la rue et les commerces ni de bretelles d’autoroutes ni de centres commerciaux entourés d’énormes stationnements);

-         Pouvoir admirer des arbres centenaires tout le long des rues résidentielles et sur les terrains des maisons.  

C’est bien sûr un sujet délicat mais en même temps qui suscite de nombreuses discussions – j’en ai souvent entendues et y ai parfois pris part.  Et je crois que, souvent, nous avons besoin de retrouver des éléments positifs vécus dans l’enfance.  Mes amis qui aiment la banlieue apprécient leur maison unifamiliale et se sentiraient oppressés par le fait de vivre « entassés » les uns sur les autres; moi ce sont les boulevards de commerces de grandes surfaces qui me mettent mal à l’aise.  Ils me disent aussi qu’ils souhaitent élever leurs enfants avec accès à une cour; je suis bien d’accord, c’est l’idéal – j’ai aussi l’intention d’élever mes enfants avec accès à une cour, dès septembre 2008 en fait – quoique Michel Tremblay, dans ses livres de souvenirs d’enfance, semble aussi avoir eu bien du plaisir avec ses amis dans les ruelles de Montréal !; moi, je ne voudrais pas élever mes enfants en devant prendre la voiture pour faire les courses, pour aller à la garderie, à l’école...  Et encore moins en perdant en moyenne deux heures de mon temps chaque jour dans une voiture au lieu d’être à leurs côtés !

(Et puis, les discussions ne se font pas toujours sur le mode confrontation. Parfois, urbains et banlieusards ont les mêmes préoccupations. Notre ami François, tout comme nous, apprécie la présence d’arbres sur son terrain – pas juste des « fouets » offerts en cadeau par des entrepreneurs qui viennent tout juste de raser des boisés – j’en connais !  Il nous a un jour raconté les arguments de ces derniers, dont celui de la sempiternelle rentabilité : construire des maisons en laissant des arbres par-ci par-là, ça fait perdre de petits bouts de terre par-ci par-là qui, mis bout à bout, auraient été suffisants pour construire une maison de plus.  Donc on rase tout ! (Où sont les règlements municipaux ?  du patrimoine ?!)  François a donc joint un comité de sauvegarde des arbres de sa municipalité, devenue banlieue au fil des années.  C’était rendu que la ville venait couper les arbres en bordure de rue, sans demander la permission, sans avis.  Vroum, une grosse machine qui arrache tout, et on n’en parle plus.  Le comité a perdu la bataille...)

En fait, j’ai besoin d’un milieu de vie pensé d’abord pour les humains bipèdes (coudonc c’est une fixation aujourd’hui !), et ensuite pour les transports motorisés.  Je sens malheureusement que, trop souvent, les nouveaux développements sont d’abord pensés pour l’automobile.  C’est pas croyable, le seul cinéma de Shawinigan est encerclé d’autoroutes et de bretelles d’autoroutes.  Il n’y a qu’une seule façon de s’y rendre : en voiture !   Et ceux qui n’en possèdent pas ?!

Il y a aussi la question des sous.  Ce serait moins cher de vivre en banlieue ? Deux éléments à considérer pourtant dans un exercice comparatif avant d’acheter en banlieue. Les revenus de location d’abord, dans certains cas. Une maison dont les étages supérieurs sont loués, ça aide quand même un peu à payer une hypothèque (bon là les maisons à Montréal coûtent les yeux de la tête...  J’ai pas dit que l’équation était si simple...)  Ensuite, une voiture de moins dans le budget familial - la plupart des citadins n’ont besoin que d’une seule voiture, et l’utilisent peu – c’est beaucoup de dépenses en moins en assurances, réparations, essence (et en achat d’une deuxième voiture) ! Et je ne parle pas coûts sociaux et environnementaux liés à l’usage de l’automobile. Laure Waridel nous rappelle souvent que ces montants ne sont pas pris en compte dans le prix des biens de consommation, sinon les bananes seraient très chères et les framboises bios et locales, bon marché !!! 

***  

J’espère que j’ai réussi à aborder ces questions avec respect. Pour moi, c’est primordial.

En terminant... je lève mon chapeau à tous les banlieusards qui ont choisi de vivre près de leur boulot, ou près d’une gare de train, ou à mi-chemin entre le boulot de chacun des conjoints, ou tout autre situation connexe !!!  De plus en plus de Québécois - citadins, banlieusards, campagnards – se préoccupent de l’environnement et posent chaque jour des gestes constructifs.  Qu’on se le dise !

 

Causes : Achat local ET bio

Merciiiiii à La Presse  !  Enfin, le vendredi 27 juillet 2007, un dossier sur l’achet local ET bio.  J’ai bien écrit ET; ces derniers temps, c’était souvent (dans un Times de cet hiver; L’Actualité et son titre scandaleux – voir plus bas; etc.) présenté en opposition l’un de l’autre.  Pourquoi toujours tout polariser ?  Au moment de la parution du numéro de L’Actualité « Au diable le bio... vive les pesticides ! »  Je n’avais pas de blogue et je n’ai pas pris le temps d’écrire une lettre de protestation au magazine. Heureusement, tant de lecteurs l’ont fait que les lettres ont rempli deux pages !  Et pas n’importe quels lecteurs : entre autres, des propriétaires de petites fermes bios à grandeur humaines, des fermes LOCALES, qui en ont marre qu’on casse du sucre sur le dos des produits bios parce que certains sont importés !  Ces producteurs québécois bios, qui chaque jour travaillent la terre avec amour et respect et font ainsi des gestes d’une extraordinaire portée pour notre santé et la santé de l’environnement du Québec, méritent un meilleur traitement que celui de jeter le bébé avec l’eau du bain ! J’ai bien aimé la réponse de Frédéric Paré d’Équiterre aussi : citant la corrélation existant entre cancer et pesticides, il conclut : « On ne badine pas avec la santé publique ! »

Comment ne pas m’enflammer et bien expliquer ma position...  Je vais commencer en m’inspirant du livre de Laure Waridel : L’Envers de l’assiette et quelques trucs pour la remettre à l’endroit.  Le postulat : les choix alimentaires que l’on fait ont un impact – positif ou négatif – sur l’environnement et les populations.  Pour s’y retrouver, un truc : les 3NJ.  Pour Nu (le moins emballé possible) ; Non-loin (local) ; Naturel (bio); Juste (équitable).  Heureusement pour nous tous, Laure ne polarise pas les enjeux.  Il importe de prioriser ses achats selon ces QUATRE concepts.  Dans tous les cas, le moins d’emballage possible.  Ensuite, privilégier les produits locaux (ainsi, si l’on peut utiliser du sirop d’érable au lieu du sucre dans une recette, on le fait).  Puis, le plus possible, utiliser des produits bios (qui peuvent être locaux et non emballés !!!), puisque les pesticides (on parle surtout de ces derniers quand il est question de végétaux – pour la viande, ajoutons une énumération non exhaustive : hormones, antibiotiques...) sont extrêmement nocifs sur notre santé et l’environnement... - Le fleuve Saint-Laurent et en train d’en manger toute une volée... - Puis, pour les produits tropicaux dont on choisit de ne pas se passer, soit par pur plaisir, soit par solidarité, soit pour les deux !, il y a les produits équitables (et non emballés et bios si possible !!!).

On peut donc favoriser les produits locaux ET favoriser l’agriculture biologique.  Un bel exemple, que le journaliste de l’Actualité n’avait même pas été foutu de citer : le projet d’agriculture soutenue par la communauté d’Équiterre !  Les fameux paniers de légumes (et de viandes) !  Chez nous, 90% des légumes et de la viande que l’on mange, 9 mois par année pour les légumes et 11 mois par année pour la viande, proviennent de fermes situées dans les Cantons de l’Est.  Nous n’avons pas seulement un médecin de famille, mais deux fermiers de famille aussi !  C’est donc local ET bio !  Ensuite, pour les fruits, Jef, Léonard et moi favorisons les fruits locaux de juin à octobre, les congelons et les cuisinons pour l’hiver, et complétons avec des fruits importés.

Bon, je vais m’arrêter là pour ce soir.  Mais vraiment, s’il y a une chose qui me déçoit, c’est la polarisation des débats : « Ah non, moi la solidarité internationale ça ne me touche pas, moi c’est l’environnement. » (Sauf que, comme dirait Hubert Reeves, si rien n’est fait pour contrer la misère humaine chez 80% de la population mondiale, les problèmes environnementaux tels que la déforestation ne pourront être endigués). « Tu aimes la ville ?  Tu ne dois pas aimer la campagne ! » (C’est que... j’aime les deux...)  « Ton fruit préféré est la mangue ?  Y’a de bons fruits au Québec ! » (L’un n’empêche pas l’autre... j’allais ajouter que j’adore les framboises !)  Tu aimes voyager à l’étranger ?  Il y a de belles choses ici tsé ! (L’un n’empêche pas l’autre, bis repetita ! ...)  C’est épuisant à la fin... Et parfois l’impact m’apparaît assez dramatique, comme cette régression du bio.  Ok, si c’est pour critiquer les fraises bios de Californie en hiver.  Mais de grâce...

Causes : Une minute de silence, 15 000 jeunes, rue Sainte-Catherine

16b8d8e4f800fd24202bd7f09f0b18de.jpgLa Marche 2/3 2007.  Le 11 mai.  Point d’orgue à une année de mobilisation auprès de jeunes et d’intervenants scolaires, nous marchons dans les rues de Montréal.  Nous escortons 15 000 jeunes venus des 4 coins du Québec pour célébrer leur solidarité envers les 2/3 – que dis-je, les 2/3, les 4/5 ! – de l’humanité qui vivent dans des conditions de pauvreté intolérables. Venus clamer haut et fort qu’ils ne restent pas passifs à regarder le monde aller, que leur engagement ne fait que commencer. La musique et les percussions les font danser, ils sont déguisés, brandissent des mini chars allégoriques fabriqués à partir de matériaux récupérés...  Bref, c’est la fête !

Rue Sainte-Catherine, coin St-Urbain, la foule s’immobilise.  De la tête à la queue du cortège, nous communiquons la consigne  par walkie-talkie: quand les 15 000 marcheurs seront arrêtés, nous « lancerons » la minute de silence !

Les systèmes de son se taisent.  Nous sommes plusieurs, spontanément, à lever la main en signe de peace.  De l’autre main, un index sur la bouche, les regards se croisent et remontent le cortège comme une vague.  Wououououfffffff....  Le silence déferle, déboule, s’engouffre dans les rues du Centre-Ville.  Bientôt, même les badauds, fumeurs en pause, commerçants « alertés » par cette soudaine éclaircie de sérénité, se taisent.  Le temps reste suspendu.

Dans mes écouteurs, j’entends en direct les réactions de mes collègues. Une bénévole, postée à des kilomètres de là, dans le vieux Port, lance : « la minute de silence, elle m’émeut, pis chu même pas là avec vous !!! »  Et moi qui communique avec tellement de spontanéité, je ne pense même pas à parler.  Mes larmes coulent tout comme celles d’un bénévole à mes côtés.  Je pense au monde dans lequel mon fils va grandir, je pense à ce monde que les jeunes sont en train de construire pour demain, je pense à mon père qui déjà construisait ce monde de solidarité avec ses étudiants, je pense à ma mère et « notre » belle-famille sri lankaise, si loin et si proche en même temps.  Bref, je pense aux 7 milliards de frères et sœurs de mon fils.

10, 9, 8... PADABOUM !  Un cri de 15 000 jeunes vient nous rappeler que le carnaval est loin d’être terminé !

Quant à mon collègue Jean-Pierre, il vient de gagner tout un pari !  Un animateur dont c’est la 28e Marche venait de lui glisser à l’oreille : « si tu réussis à faire taire toute cette gang de jeunes-là, je te paie une bière ! »  Il a depuis rectifié son offre : ce sera une caisse pleine, minimum !    

Je n’ai qu’un objectif supplémentaire pour l’année prochaine : non seulement on fera encore la bonne nouvelle TVA, non seulement on passera à RDI et d’autres postes, non seulement le journaliste de la Gazette va encore tripper comme un fou, mais le Téléjournal AUSSI va prendre la peine de souligner l’engagement festif, positif, pacifique de tous ces jeunes !!! Bon !

Crédits photo : Émilie Couture/CLUB 2/3

Causes : Des fleurs et des pots

Décidément, il faut de tout pour faire un monde.  En une semaine, j’ai croisé sur mon chemin de merveilleuses initiatives... et de la bêtise humaine !

Commençons par les pots...

1) Devinez ce que ma voisine d’en face arrosait soigneusement ce midi :

a) Son auvent ?

b) Son allée ?

c) La rue... ???!!!

Réponse : eh ! oui, vous avez deviné... la rue.  En fait, l’espace où sa famille a l’habitude de stationner son camion (mais au moment de l’arrosage ce dernier n’y était pas).  Vous me direz, les réponses a) et b) n’étaient pas très reluisantes non plus.  Mais là, c’est la cerise sur le sundae. À la hauteur de leur borne fontaine en plastique, attachée à la clôture avec un cadenas, pour décourager les automobilistes à se stationner devant chez eux (je n’invente rien !)

2) Une amie blogueuse me l’a confirmé : il est interdit de faire sécher son linge – tout linge – sur les balcons de l’immeuble où se trouve son condo montréalais.  Oui, oui, en 2007, il existe encore des règlements anti-consommation responsable !  Vive la sécheuse les jours ensoleillés d'été ! Ça mériterait un prix citron de l’environnement ce règlement-là.

Bon, des fleurs maintenant : 1) Dans mon panier bio de cette semaine : laitues, brocoli, haricots verts ficelle, oignons, concombres, courgette, ail, tomates cerises, poivrons rouges, j’en oublie sûrement plein, et... un melon et des cerises de terre !  Oui, oui !

2) J’ai acheté mon premier t-shirt fait de coton bio-équitable ! Ce n’est pas tout : c’est un t-shirt pour enfant et il arbore une corde à linge sur le devant (moi qui suis une fana des cordes à linge !) Youppi, Léonard va être craquant là-dedans ! J  Je suis si fière du magnifique boulot de mon ami Marc-Henri qui vient de partir sa propre coop d’importation de coton équitable et qui travaille en collaboration avec des gens aux initiatives magnifiques, dont ces vêtements pour enfants !

Je vous laisse avec une phrase trouvée sur leur site : Regardons pousser nos enfants, cultivons une Consommation citoyenne et responsable !

Causes : Vive les couches lavables !

a4fcdd695b2a433a7e66f43ee4612755.jpgVoici une lettre que je viens d’envoyer au magazine Enfants Québec.  Si jamais elle est publiée, elle sera sûrement tronquée, et certaines de mes nuances effacées, donc voici l’originale...  Ça donnera en même temps un aperçu du terrible fardeau des parents qui utilisent des couches lavables : un seau à couches à côté de la table à langer (comme pour les couches jetables), 10 minutes de pliage devant la télé une fois de temps en temps, et une brassée de plus/semaine en tout et partout.  La galère, quoi  !!!  Nous méritons la canonisation, rien de moins !

***  

Bravo pour votre nouvelle chronique « action écolo » !  Être parent, c’est aussi souhaiter le meilleur pour l’avenir de nos enfants... Le développement durable, c’est la solidarité envers les générations futures !  Passons tout de suite à l’action !

Bravo aussi à Amélie Gendron, qui utilise des couches lavables (octobre 2007) !  

Cependant, je me demande quel était l’objectif de la chronique, car s’il était de présenter positivement cette pratique, je crois qu’il n’est pas tout à fait atteint.  Rien que le titre laisse entendre que c’est tout un boulot...

Bien sûr, tout est question de critères.  Mme Gendron recherchait des couches pré-moulées qui ne nécessitent pas de pliage (bien qu’elle doive quand même faire une manipulation, soit ajouter un feuillet jetable dans chacune à chaque usage), mais ces couches comportent des inconvénients qui ne sont pas nécessairement présents avec d’autres sortes de couches -  nécessitent un trempage, on se retrouve avec du caca plein les mains et le lavabo (c’est ce qui est écrit !), il faut les essorer (?), il est difficile de les utiliser à l’extérieur de la maison, il faut acheter des couches plus grandes après un certain temps... Ouf !

J’invite les lecteurs et lectrices de Enfants Québec à se faire leur propre idée en visitant les sites Internet des différentes sortes de couches lavables ainsi que dans les forums Internet où de nombreuses mamans non seulement commentent l’utilisation des couches lavables et partagent leurs trucs, mais où elles expriment leur enthousiasme à leurs sujets !!!

Mon expérience personnelle, avec l’achat d’un seul « kit » complet contenant 26 de couches 0 – 2 ans (les velcros permettent d’ajuster la couche au fur et à mesure que bébé grandit), 12 culottes de nylon (le nylon laisse respirer la peau) de différentes grandeurs, un seau, des feuillets jetables (qu’on peut laver s’il n’y a qu’un pipi) et un sac à couches souillées imperméable pour les sorties, est très positive.  Même si ce sont des couches qu’on doit assembler (devant la télé, ça prend 10 minutes !)! En gros, jusqu’à l’âge de 15 mois (début de la garderie), mon bébé a porté exclusivement des couches lavables, même en visite, même au chalet, sauf à la naissance (à cause du méconium) et lors d’un voyage d’une semaine dans le Sud.  Pratiquement jamais de fuites, les mains et le lavabo intacts; pas de trempage (directement du seau sec à la laveuse + un cycle de rinçage + un cycle à l’eau chaude), deux brassée par 8 jours peut-être, mais en lavant en même temps le reste du blanc de la maison – on calcule que nous ne faisons qu’une brassée de plus de blanc par huit jours si on compare avec la vie d’avant le bébé !

Nous les aimons tellement, ces couches, que notre garçon de deux ans les porte encore la fin de semaine depuis qu’en semaine il est à la garderie !

Causes : Pérégrinations d’une bipède urbaine

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(Autres titres pressentis pour cette note : « Course à obstacles pour aller à la garderie », « J’habite près d’une autoroute » ou encore « Femme-sandwiche arborant le message Un char de moins sur son dos »...)

Il y a des lustres que je veux aborder ce sujet.  La parution du livre Mythe du Québec vert et ses résonances dans les médias ces jours-ci (l’auteur François Cardinal étant passé à Tout le monde en parle le dimanche 8 octobre 2007 puis à l’émission de René-Homier Roy du lendemain matin, entre autres...) me donne le prétexte d’attaquer la page blanche.  C’est vrai quoi : à l’ère des changements climatiques, de Kyoto, des données sur les effets désastreux de la pollution sur la santé publique, des publications d’Hubert Reeves sur les menaces qui pèsent sur l’avenir de l’espèce humaine sur Terre, on discute maintenant ouvertement de ce que chacun est prêt ou non à faire pour limiter les dégâts, de la possibilité d’appliquer le principe du pollueur payeur ou encore de récompenser ceux qui font des efforts.

Or, pour vous donner une idée de ce que je pense de la question des « transports » à Montréal plus spécifiquement, voici ce que j’avais dit lors d’une réunion du budget participatif de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal au printemps 2006 :

« Je propose l’installation d’une banderole géante au pied du viaduc Rosemont-Van Horne qui accueillerait ainsi les automobilistes qui entrent en trombe dans le Mile End : Bienvenue dans une zone habitée par des êtres humains ! »

Vous l’aurez compris, j’en ai soupé que nous, simples citoyens élevant notre famille dans un quartier résidentiel, soyons pris en otage par un parc automobile sans cesse grandissant – qui roule toujours plus vite et même de façon agressive, avec les conséquences sur la qualité de l’air et la quiétude que l’on sait.  Non seulement nous sommes pris en otage, mais je ne peux concevoir que ce soit là tout ce qu’on récolte alors que nous faisons des choix cohérents et solidaires pour l’ensemble de la population.

Comment ça ? Eh bien, c’est qu’en effet ma famille a fait le CHOIX de vivre près du travail de chacun des conjoints (bon, nous avons de la chance, nos boulots se trouvent tous deux sur l’île de Montréal, quoique dans 2 quartiers éloignés l’un de l’autre).  Ma famille a fait le CHOIX de résider dans un milieu de vie à échelle humaine, oui oui ! - un quartier verdoyant où il fait bon vivre, où les enfants s’amusent dans la ruelle avant le souper, où la rue ferme pour des fêtes de famille de quartier, où se vit présentement un projet-pilote d’ « îlot de fraîcheur », etc.  Ma famille a aussi fait le CHOIX de privilégier le cocktail transport : marche, vélo, bus, métro, taxi, auto.  Et de se déplacer avec fiston à pied pour les déplacements de tous les jours (ça s'appelle, paraît-il, le transport actif !)...

Si cette vie me comble au quotidien, surtout si, au pied de l’escalier, je choisis de tourner à droite pour me promener dans le quartier qui se déploie vers le Sud et regorge de maisons patrimoniales, d’arbres centenaires, de parcs et de petits commerces plein de charme – sans compter tous les chats ! -, il n’en reste pas moins que, à gauche, se trouve une « avenue » transformée en autoroute aux heures de pointe.  Sherbrooke ?  Papineau ?  Rien de tel.  Van Horne. Des dizaines et des dizaines de voitures à la queue leu leu, sur des centaines de mètres, passent au coin de chez moi matin et soir.  Et devinez quoi ?  La garderie de mon fils se trouve à 6 rues de notre petit nid, sur l’axe est-ouest formé par Van Horne.  « Avenue » que j’emprunte tous les matins, quoi.  D’où mes pérégrinations...

Voici donc mes aventures de bipèdes, le temps de franchir ce petit kilomètre matin après matin :

·         À pied :

- Été comme hiver, je « croise » des voitures en sens inverse qui s’avancent en plein milieu du croisement ou du trottoir (si elles surgissent d’une ruelle).  Elles m’empêchent de traverser (les passages cloutés ?  Connais pas !), le chauffeur gardant obstinément le visage tourné vers le sens du trafic (opposé à moi) et qui me tourne le dos – impossible d'établir un contact visuel pour pouvoir ensuite circuler sécuritairement. Coudonc, nous les piétons, on compte pour des prunes ?! Et ça, c’est sans compter les parents qui, le temps de mener leur enfant à la garderie, stationnent leur VUS (plus souvent qu’autrement) dans une entrée de garage juste avant la porte de la garderie, le derrière du monstre énergivore bien planté sur le trottoir – bref, je dois faire un détour dangereux dans la rue avec la poussette car la petite bande d’asphalte qui m’est normalement réservée ne m’est plus accessible... Ha oui, y’a aussi des camions stationnés sur toute la largeur du trottoir face à la station service coin du Parc.  Et par où devrais-je passer avec la poussette ?   

- L’hiver, en poussette ou en  traîneau, gare aux coins des rues où la charrue a poussé toute la neige pour laisser passer les voitures (je salive rien qu’à penser à une des propositions du parti Projet Montréal : déneigement des trottoirs avant les rues !  Priorité aux non polluants ! Oui oui !). Parfois, le degré de difficulté d’escalade est très élevé, la poussette ou le traîneau tenu à bout de bras avec le bébé dedans – alors imaginez quand on fait face à cette montagne artificielle à la sortie d’autobus, toujours en transportant le dit traîneau et le bébé ?!  Il ne manque qu’à apprendre à voler gracieusement par-dessus !

·         À vélo :

Je me bidonne chaque fois que je lis les écriteaux « Ne pas rouler sur les trottoirs »  Essayez de faire autrement sur Van Horne avec un bébé dans le siège à l’arrière du vélo : j’ai vécu en tentant de rouler dans la rue mes plus grands moments de frayeur, les camions me tassant comme si mon fils était invisible.  Fini, la garderie à vélo, en tous cas les matins de travail où l’on est pressés dans le temps.  Sur Van Horne en pleine heure de pointe, en tous cas, c’est suicidaire. Et quand on emprunte plutôt le trottoir, on se sent si délinquant...  On essaie pourtant juste de poser un geste positif...

·         Depuis la maison :

Dans le confort de mon appartement, aux heures de pointe, on entend désormais un grondement sourd, des klaxons. Moi je dis : et merde (oups !  C'est dit !)

Un participant d’une ligne ouverte recommandait lundi de laisser tomber le principe du pollueur-payeur pour plutôt offrir des récompenses aux gens qui se déplacent de façon plus verte : bref, il préconisait la carotte au lieu du bâton. Eh bien, voici les deux simples carottes dont je rêve : 1) des trottoirs déneigés/désencombrés de véhicules motorisés !!! et 2) une VÉRITABLE RECONNAISSANCE pour les bipèdes urbains de mon espèce qui contribuent, chaque jour, à la conservation de notre environnement, pour notre santé à tous, et l’avenir de nos enfants !!!

En attendant, j’ai remisé dans mon « tiroir à projets » celui de me confectionner une pancarte « un char de moins – pour l’avenir de nos enfants et notre santé à tous » que j’aurais installée à l’arrière du siège de bébé de vélo.  Je l’avoue, je crains trop la férocité de ceux qui m’ont déjà roulé sur un pied ou qui tout simplement expriment leur impatience devant une maman qui, le matin, marche un petit kilomètre en poussant innocemment une poussette sur le trottoir !!!

Conclusion ?  Étonnamment, je suis plus que jamais convaincue que j’ai fait les bons choix et que je vais persévérer : élever ma famille dans un quartier résidentiel de la ville, lui faire vivre une vie communautaire riche – une vie de bipèdes urbains...

N.B. : L’icône présentant un vélo provient du site d’Équiterre, à la page de la campagne Changer le monde un geste à la fois.

 

Voir aussi : Causes : Marie l’urbaine et les banlieusardises ; À L'est de la ligne orange, parcours nouveau

Causes : Retomber sur ses pattes

434fb95c113d546226480ff3ad5cc6da.jpgAprès la pluie, le beau temps, dit le dicton.  Eh bien, « il » ne croyait pas si bien dire !  Bien que la vie m’ait épargné bien de terribles épreuves, et j’en suis pleinement consciente, j’ai tout de même vécu quelques épisodes difficiles ces dernières années. Je voulais écrire ces quelques mots pour souligner à quel point je suis reconnaissante au « système » et à mon boulot de prévoir des mesures pour nous permettre de retomber sur nos pattes, et aussi pour me donner une petite tape dans le dos : bravo Marie, tu arrives à passer à travers ! J

Plutôt que de ressasser des épisodes moins récents, je m’en tiendrai uniquement aux 14 derniers mois, soit d’octobre 2006 à décembre 2007 (au moment où j’écris ces lignes). Les difficultés se résument en peu de mots : des problèmes de santé à répétition (3 mois de répit en tout et partout), le traumatisant décès de mon père le 3 janvier 2007 et le triste décès de ma grand-maman maternelle le 23 novembre 2007.

Incroyable de penser que, à travers tout cela, j’ai eu un sommet d’énergie et de créativité en juillet 2007 : J'allais reconduire Léonard à la garderie, j’allais travailler, puis nous allions jouer au parc avec Léonard, préparions le souper, le bain, etc., puis j’enfourchais le vélo vers 20h30, allais chez mon papa nettoyer son appartement, je retournais chez moi vers 22h30 et me payais le luxe de monter ce cher blogue (et je précise que je l'ai intitulé Petits et grands bonheurs... !!!), un projet que je caressais depuis si longtemps, jusque vers minuit.  En quelques mois, j’étais passée d’une Marie-qui-ne-donne-pas-cher-de-sa-peau à une Super-Marie ! J

Le lendemain des funérailles de mon papa donc, le 9 janvier 2007, je suis allée voir mon médecin de famille pour crier à l’aide. J’ai eu un papier béni entre tous, un papier qui signifiait du temps pour faire face à une montagne de responsabilités, du temps pour soigner son corps au sens propre et panser ses plaies au figuré. Un tout petit papier... d’une si grande importance !

J’avais appris que Jacques avait « quelque chose de pas normal » au foie début octobre; comme j’étais en pleine crise de conciliation travail-famille (avec des gastros et autres infections à répétition pour Léonard, mon chum et moi), et comme je ne pouvais PAS croire qu’il était mourant, je me suis débattue comme le diable dans l’eau bénite cet automne-là. J’étais déjà hyper inquiète de ne pas assez donner au boulot, de ne pas passer du temps de qualité et en quantité auprès de mon fils; je ressentais un énorme besoin d’appui de la part de mes éternels alliés – mon père et ma mère – alors même que celui-ci n’était pas bien du tout, que ma mère partait quelques semaines en Europe, puis que ma grand-mère maternelle se fracturait une hanche et était hospitalisée. Avec le recul, je vois bien que j’ai craqué. J’étais tellement anxieuse que je suis tombée malade (ce qui n’est pas compliqué car, même en grande forme morale, j’attrape régulièrement de méchants virus). Oh, des infections aux voies respiratoires, ce n’est pas grand-chose... Sauf si ça dure 6 mois, que les crises d’asthme se font à répétition et que vous ne voyez pas le bout du tunnel. Plus j’étais malade, moins j’arrivais à faire ce que je voulais tant, justement ; bien m’occuper de mon fils, me donner au boulot et offrir du réconfort à mon père, à ma grand-mère et par ricochet à ma mère... 

J’ai des « flashes » de cet automne-là qui m’apparaissent bien surréels : les concerts du NoctuArt à St-Constant puis à St-Eustache, où je peinais à chanter; la tenue d’un kiosque fin novembre dans une école de La Prairie pour le boulot avec mon père qui m’avait offert un lift malgré son extrême faiblesse; les matins où j’étais couverte de sueur et en crise d’asthme au seul effort de mettre l’habit de neige de Léonard, de descendre les 2 étages, de pousser la poussette jusqu’à la garderie, d’enlever mes bottes, de monter à l’étage, de déshabiller Léonard, tout ça en chantant des chansons, comptant des comptines, donnant des bisous – pas même une bombe atomique ne m’empêcherait d’agir ainsi avec mon garçon ! - de remettre mes bottes, de prendre l’autobus et le métro pour aller au boulot (pour y arriver brûlée d’avance alors même que mes collègues mettaient les bouchées doubles, triples et quadruples !!!); les 2 concerts de Noël affublés d’une générale et d’un souper d’amis dans les mêmes 3 jours, fin de semaine que je voyais arriver avec frayeur tellement la marmite débordait et dont j’ai dû tout annuler en bloc – de toutes façons je n’avais plus de voix et le médecin m’avait déjà mise au repos à ce moment-là !

Puis, les jours noirs : le temps des fêtes et, avec lui, l’agonie de mon père.  

Tout à coup, il n’y avait que ces décharges d’adrénaline qui font qu’on hospitalise son papa, qu’on monte dans l’ambulance, qu’on décide de le veiller la nuit à l’hôpital quand on apprend qu’il a manqué de morphine pendant 12 heures la nuit précédente. Il y a les émotifs rassemblements familiaux autour du lit; la pire nuit de toutes, la dernière, où l’on réconforte, câline, embrasse malgré tout ce que je n’ose pas encore décrire, tout en exigeant du personnel hospitalier un minimum de soins, tout en faisant des crises d’asthme qui nous éloignent de la chambre de précieuses minutes.  Puis la perte, la douleur, l’énorme responsabilité d’être « liquidatrice » (un si horrible mot signifiant pourtant tant de décisions cruciales à prendre), le sentiment de responsabilité aussi auprès d’une grand-maman qui vient de voir mourir son fils...  Et des sursauts de conscience : Léonard est toujours là, plein de vie, il s’ennuie de sa maman, la vie continue !!! 

Pendant 2 mois et demi, je me suis donc occupée de la succession de mon papa.  J’étais encore malade, donc cela avançait très doucement. J’allais conduire Léonard à la garderie, me rendait chez mon père, ouvrait les dossiers, faisait des téléphones, au rythme que ma santé me permettait. Tout en chérissant les souvenirs, en m’émerveillant de la relation que j’avais avec mon père, en rendant visite à ma grand-mère. Sans papier du médecin, sans assurance-emploi, je crois que j’aurais démissionné de mon boulot (que J’ADORE pourtant !!!), car c’était beaucoup trop.  UNE CHANCE que ces mesures existent !!!

À la mi-mars, je suis retournée au travail à raison de 3 jours/semaine, puis de 4.  J’ai eu une rechute d’infections et d’asthme, c’était le tourbillon au boulot, mais j’ai remonté la pente.  La Marche 2/3 a été, comme toujours, un grand moment; je me souviens comment, une fois de retour dans les bureaux avec les 300 bénévoles, j’ai tout à coup repensé à mon père, qui était présent à la Marche 2005 et nous avait accueillis Jef, Léonard (âgé de 3 semaines !) et moi, au parc Laurier, tout sourire ! Les larmes se sont mises à couler, c’était tout un contraste avec les vagues de bonheur qui tourbillonnaient autour de moi, et en moi.

Ensuite, il y a eu cette lumière au bout du tunnel : un poste 4 jours/semaine s’est ouvert, ciblant les compétences pédagogiques avec encore plus de force que mon poste précédent. Je l’ai obtenu. 4 jours !  C’est ce qui, depuis, me permet de conserver mon fragile équilibre.  Cette journée de congé-là, elle se remplit des mois d’avance, compte tenu des rendez-vous médicaux et de la succession.  Mais JE L’AI !!!

Comme je l’ai décrit plus haut, j’ai retrouvé une grande forme au début de l’été.  Puis, vers la mi-août, bof, les soucis de santé sont réapparus. Tranquillement pas vite.  Jusqu’à cette bronchite asthmatique qui vient de durer deux mois.  Ai-je eu la frousse de vivre un automne et un hiver semblables aux précédents ?  Ma foi, oui.  Mais j’ai guéri. Juste à temps pour aller voir ma grand-maman mourante à deux reprises à l’hôpital, pour chanter à ses funérailles puis, 5 jours plus tard, à organiser l’inhumation des cendres de mon père. Ouf !

2007 tire à sa fin.  Je n’en suis pas fâchée.  D’un autre côté, parfois, je sursaute : je suis de bonne humeur, émerveillée par mon fils et tous les gens que j’aime, j’ai plein de projets en tête, j’ai envie de célébrer la vie, malgré encore de petits ennuis de santé (non mais sans blague).  J’en reviens pas !  Mon père me disait toujours que j’étais une fille pleine de ressources. Ben c’est vrai que je suis capable de retomber sur mes pattes; ce n’est pas la première fois, ce n’est sûrement pas la dernière, mais j’ai gagné quelques onces de confiance en moi, ça c’est sûr et certain ! 

Causes : Recherche à réapprivoiser Noël désespérément

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Dire que j’ai déjà espéré Noël avec émerveillement...  

J C’est vrai que, alors que j’étais tout juste à l’école primaire, mes amies et moi nous nous émerveillions de ce qui fait de Noël un moment si magique : les rouges et verts chatoyants, la neige, les joyeuses réunions en famille, le temps qui s’arrête, écouter Ciné-cadeau en sirotant un chocolat chaud, jouer en pyjama toute la journée... Je n’écris pas les cadeaux dans cette énumération, car déjà à cet âge j’étais assez modérée.  J’étais ravie des magnifiques cadeaux que l’on m’offrait mais il m’arrivait aussi d’en rendre une partie à ma mère en disant : « Voyons maman, c’est ben trop !  Tu n’as pas assez de sous pour ça.  Garde au moins ceci et cela ! » !!!

Dès mes 9 ans, je gérais moi-même mon budget et achetais chaque cadeau que j’offrais à mon petit monde.  J’organisais mes achats avec grand plaisir, choisissais de petits items artisanaux au Salon des métiers d’art ou au défunt magasin Toutalamain...

J’ai d’ailleurs un certain talent pour choisir les cadeaux.  Mes amis me le répètent régulièrement.  J’ai du flair pour dénicher un item aux atomes crochus évidents avec la personne qui le reçoit.  Des exemples ?  Notre grand ami Gilles est un passionné de BD et de musique.  Une année, nous lui avons donc offert... L’histoire de la musique en BD !  Une autre fois, alors qu’il préparait cette année-là un voyage au Maroc et qu’il déployait régulièrement ses talents de cuistot pour concocter de bons petits plat à la mijoteuse, il a reçu de nous un livre de recettes de plats mijotés du monde entier orné sur la page couverture d’un tagine !

Et puis il y a l’ambiance générale des fêtes : la musique, le sapin... (le nôtre, décoré de rubans récupérés et d’artisanat du monde entier, mérite une note à lui tout seul !) Depuis que nous avons Léonard, nous avons un rituel du dodo des Fêtes : nous éteignons les lumières de la maison, allumons celles du sapin, et on chante quelques tounes de Noël en famille. Le bonheur dans les yeux de Léonard et sa voix charmante qui répète plusieurs fois « mon petit soulier » valent bien toutes les tours de bébelles de la planète !

Tout ça, c’est sans compter Noël chez les Brodeur.  Moi qui suis grande voyageuse, ne comptez pas sur moi pour être à l’extérieur du pays le 25 décembre.  La fête aux côtés de 12 cousins-cousines et de leurs conjoints, de mes oncles et tantes, des 19 arrière-petits-enfant, c’est sacré.  C’est ma chère grand-maman Irène qui savait nous rassembler tous avec une une générosité exceptionnelle. Je n’oublierai jamais son dévouement et sa bonne humeur et j’espère que nous saurons perpétuer la tradition en chérissant son souvenir.

Il y a d’autres partys aussi (au minimum cinq autres), tous aussi importants les uns que les autres.  Les Gélinas au Jour de l’An.  Du côté de Jef.  Un repas pris avec ma mère, son chum, ses fils et leurs blondes (mes frérots et belles-soeurottes, comme j’aimes les appeler !).  Mes 2 gangs de filles, celles du secondaire et celles du cégep.  Sans compter le ou les partys de bureau, et avant le NoctuArt, il y avait le party de la chorale...

L Alors, qu’est-ce qui cloche ?  Qu’est-ce qui me rend impatiente dès le 1er novembre arrivé ? (Vous aurez deviné pourquoi je parle du 1er novembre : les magasins croulent alors déjà sous les gugusses de Nouwel en plastique made in China et nous serinent de la musique d’ascenseur à n’en plus finir !)

Je crois que j’ai trouvé le mot qui explique mon écoeurantite aiguë : la surenchère.  Trop, c’est comme pas assez.  Trop de quoi ?  Trop de tout.  Même du meilleur.

Je m’explique : j’adore le sushi, mais si j’avais à en manger 7 jours de suite, je n’y prendrais plus goût. Ainsi même les bonnes choses méritent d’être dégustées avec modération. Sauf peut-être le chocolat hihi !

Or, moi qui tente de vivre le plus possible selon le tout premier des grands principes de consommation responsable, pour un monde plus juste, équitable et écologique - et j’ai nommé : RÉDUIRE - la surconsommation entourant Noël finit par faire de l’ombre sur une bonne partie de sa magie.  Je vais vous l’avouer franchement, magasiner six cadeaux d’accord, trente-deux-douze, ouf.  Si en plus on se retrouve dans un centre commercial – alleluia, depuis quelques années, je les évite comme la peste et trouve tout ce dont j’ai besoin dans de petites boutiques de mon quartier et de ceux avoisinants – bonjour le mal de cœur, le manteau trop lourd, la furie de la recherche du gugusse à tout prix !

Bon, mais offrir, j’aime encore ça. J’emballe avec du papier journal syrien (c’est beau l’écriture arabe !) déniché dans une boîte pleine de jouets fabriqués à partir de matériaux récupérés à mon travail; je choisis des produits équitables, des produits locaux; des livres, des disques, des billets de spectacles; des items plus personnalisés (comme un cadre avec un montage de photos de notre mariage où l’on voit les membres de la famille de la personne qui le reçoit); des jouets de qualité.  Jef et moi ne nous donnons plus de cadeaux depuis belle lurette, on préfère s’offrir quelque chose en commun (un appareil photo, par exemple).

Recevoir, maintenant...  Bien sûr, je suis ravie des livres, disques, équipement de cuisine que je reçois.  Mais à travers tout cela se glissent bien des gugusses que j’ai déjà en quantité ou même que je souhaiterais ne pas avoir !  Oups !  

Ah là là, et pour ce qui est de Léonard, il croule tellement sous les sac-cadeaux, papiers de soie et cadeaux que parfois j’ai peur qu’il s’étouffe. Franchement, les déballages de cadeaux en présence d’enfants créent chez moi un grand sentiment de malaise.  L’enfant en ouvre un, commence à s’y intéresser, quand vite ! vite !  On le lui enlève des mains pour qu’il en ouvre un autre, un autre, un autre.  Non seulement on va finir par le blaser (heureusement ce ne semble pas encore être le cas !), mais on hypothèque son avenir en détruisant ainsi l’environnement.  Et je suis supposée être contente !  Savez-vous quoi ?  Jef et moi hésitons maintenant à en acheter nous-mêmes pour lui, car finalement, il reçoit ensuite tout en double ou triple.  Pourtant, quand je me retrouve dans un magasin de jouets de grande qualité, je retrouve mon excitation d’enfant à l’idée d’offrir tel ou tel magnifique jouet à Léonard.  On finit donc par lui acheter de belles choses, nous sommes ses parents après tout ?!

Voilà mon rêve pour mon petit garçon de la Terre  : qu’il reçoive 4 cadeaux à Noël. Un de ses parents, un de chacun de ses couples de grands-parents, un des ses parrains-marraines, final bâton. Des cadeaux en petite quantité mais durables et de très grande qualité. Comme ceci, wow !

Et pour moi-même, je me surprends parfois à rédiger ma courte liste ainsi : du temps et de l’entraide (ex. des offres de gardiennage), des plats cuisinés maison, de la santé, des dons pour des organismes de solidarité.  Ahhhhhhh !  Le rêve !  Je rêve aussi d’échanges de cadeaux où 1) l’on attend qu’une personne ouvre son cadeau avant d’en ouvrir un autre, 2) l’on pige le nom d’une seule personne pour lui offrir quelque chose fabriqué de nos mains.  Oui, je peux toujours rêver, car je sens que ces propositions ne seraient pas nécessairement les bienvenues...

***  

J Cette année (temps des fêtes 2007-2008), deux rêves deviennent réalité.

J’ai d’abord obtenu ce dont j’avais le plus besoin : une semaine de repos au chalet, début janvier, après les 9 partys de Noël des semaines précédentes. Pour la première fois depuis mes 15 ans, où j’avais commencé à travailler dans une pâtisserie pendant le temps des fêtes, et mise à part la parenthèse des deux années de cégep où nous avions trois semaines de vacances en janvier, je peux espérer passer une ou deux journées en pyjamas en sirotant un chocolat chaud au coin du feu en écoutant Ciné-Cadeau !  WAOUOUHHHHHH !

Et puis j’ai déjà reçu le plus beau cadeau qui soit, qui surpasse en bonheur tous les autres que je pourrai recevoir : un test positif !  Je l’espérais tellement !  Un signe que la vie pousse en moi pour clore cette année de maladies et de deuils.

Oui, un autre Noël est possible !

N.B. La photo de Léonard a été prise lorsqu’il avait 5 mois.