Confit de cultures

Intro 

Chapeau pour ton Bal, Félix !

Tristes tropiques à l'Underground Café 

Les cerfs-volants des enfants de la Résistance

Le jeu de la madeleine avec la sauce à spaghetti aux côtelettes de porc de Michel Tremblay (NOUVEAU !)

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Catégorie : NoctuArt

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Cultures : Intro

Depuis que j’ai créé ce blogue, il m’arrive de vouloir parler de mes coups de coeur culturels : une chanson, un livre, un disque, un spectacle...  sans trop savoir dans quelle catégorie les publier.  (Il en est ainsi de Bonheurs : Chapeau pour ton Bal, Félix ! que je vais rediriger ici !)  

Il m’a donc semblé important de créer une catégorie culturelle, moi qui suis une passionnée de musique, littérature, cinéma, et plus encore.

Quant au titre Confit de cultures...  J’avais envie de jouer avec l’expression « la culture, c’est comme la confiture : moins on en a, plus on l’étend ».  Suis-je de celles qui étendent le peu de culture qu’elles ont ?  Étaler peut-être pas, mais partager mes découvertes avec enthousiasme, certainement !

 

Cultures : Chapeau pour ton Bal, Félix !

51c970830c3dc7fbb70119c4bc89df92.jpg Je connais la chanson Le Bal de Félix Leclerc depuis que je suis toute petite; ma mère faisait très souvent jouer le magnifique disque où Monique Leyrac interprète ses chansons.  Mais depuis quelques mois, Jef et moi sommes véritablement tombés amoureux du texte, que nous avons pris le temps de déguster, savourer !

Pourtant, nous avions aussi depuis des années un disque des chansons de Félix, dont le Bal. Oui, c’était une belle chanson à trois temps, et après ?  Il a fallu que nous offrions à Léonard un énième livre-disque de la Montagne secrète (cette étiquette propose des livres-disques pour enfants - et adultes ! - dont les concepts, illustrations, interprétations, sont ma-gni-fi-ques), Chapeau ! Félix, pour redécouvrir ce texte admirable.  Bon, je vous dirai qu’il y est selon moi massacré par une Mara Tremblay à la voix nasillarde et au ton plaintif; raison de plus pour que je prenne la peine d’écrire les paroles ci-dessous – elles survivent à cette interprétation tant elles font rêver ! :

Cette nuit dans mon sommeil
Je t'ai enlevée de ta tour
J'avais dérobé l'soleil
Pour que jamais n'vienne le jour
Nous courions dans les prairies
Tes rubans volaient au vent
Nous avons bu dans nos mains
A la source du matin

A la porte d'un château
Nous sommes entrés sans frapper
Des lutins tambours au dos
Nous attendaient pour danser
Sous une lune d'opale
Nous avons ouvert le bal
Moi qui ai jamais su danser
J'ai dansé à perdre pied

Puis rendus à l'horizon
De beaux anges à cheveux longs
Ont avancé un nuage
Et nous ont poussé au large
On voyait d'en haut la terre
Toute noire, pleine de misère
Toi tu as dit: " C'est nos frères
Redonnons-leur la lumière ! "

Donc nous sommes redescendus
Puisque le soleil je l'avais
A la foule je t'ai rendue
Et le matin s'est refait
J'ai la promesse des anges
Qu'après le jug'ment dernier
On r'prendra ce bal étrange
Et pour toute l'éternité
 

Une telle beauté, ça me donne envie d’apprendre à peindre une toile, à dessiner une BD, à réaliser une murale, inspirées de ce texte.  Je décorerais une chambre d’enfant avec les images et émotions qu’elle me fait vivre, si j’en avais le talent !

Chapeau ! pour ton Bal, Félix !  

P.S. L’image est tirée du livre-disque; elle provient d’un film, Félix Leclerc chante Cadet Rousselle, produit par l’ONF et présentant cette chanson mise en illustrations par Jean Dallaire.  Si elle paraît un peu froissée, c’est qu’un petit garçon a beaucoup « feuilleté » le livre en question J.  Quant aux paroles, je les ai trouvées sur www.paroles.net/chansons.

 

Cultures : Tristes tropiques à l’Underground Café

1889013689.jpgIl y a six jours, mon grand ami Gilles m’emmenait voir un spectacle coup de poing dont je m’étais promis de parler ici.  Je n’aurais pas pu deviner que le jour (4 avril 2008) où je prendrais le clavier pour le faire, quatre manifestants seraient tués en Haïti pendant une manifestation dénonçant la pauvreté dans ce magnifique pays, le plus pauvre des Amériques...  

Dire que Gilles m’a toujours admirée pour mes talents lorsqu’il s’agit d’offrir des cadeaux !  Il a frappé dans le mille en m’offrant d’aller voir à la TOHU le Starmania de Berger-Plamondon revisité par la troupe de Port-au-Prince Haïti en scène.

Les textes étaient toujours aussi poignants. Le champ lexical des astres toujours aussi présent (les étoiles, la lune, la voie lactée, le ciel, une aurore boréale ...). Les personnages toujours aussi obsédés par le soleil disparu.  Les artistes sur scène nous ont bouleversés du début à la fin par leurs voix, leur énergie, leur présence, leur talent.   

Un Monopolis tropical ?  Eh oui ! En plus de certains rythmes antillais, certains refrains et même certaines chansons au complet étaient entonnés en créole (on n’a rien perdu si tomates ne rime plus avec automates, si ?!), en particulier Les Uns contre les autres. Pendant cette chanson, Marie-Jeanne accusait le coup de voir son Ziggy avec un amant. Des couples s’enlaçaient un peu partout pendant que le narrateur Roger-Roger, tel un pendu, montait vers le plafond... Mais c’est la phrase « L’Occident ferme ses frontières » qui a retenti le plus fort à mes oreilles.  J’ai pu comprendre que Luck Merville ait fait des pieds et des mains pour faire venir la troupe à Montréal, lui qui racontait avoir toujours chanté les Sans-papiers de Notre-Dame de Paris en regardant droit dans les yeux les spectateurs assis aux premières loges à Paris...

Je ne sais si j’ai envie de rire ou de pleurer quand je pense à ces jeunes artistes vivant dans les pires conditions de vie qui soient – à Cité-Soleil, un bidonville pas comme les autres (tiens, quel paradoxe, ce soleil impitoyable est toujours là !) – ces jeunes artistes, dis-je, qui ont monté ce spectacle avec tellement de fougue.

En fait, je ris.  Là où je travaille, on apprend à s’émerveiller du talent, de la ténacité, de la débrouillardise, de la créativité des jeunes des pays en voie de développement.  Exit la condescendance, bonjour l’estime. De toutes façons, à la fin de ce spectacle, il ne peut rester que l’admiration.

BRAVO !!!!!!

N.B. Mon titre fait allusion à ce livre...  

 

Cultures : Les cerfs-volants des enfants de la Résistance

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Il y a parfois des livres qui viennent à notre rencontre.  Il en va ainsi des Cerfs-volants de Romain Gary et des Enfants de la Liberté de Marc Lévy, deux romans qui se sont présentés à moi cet hiver (2008) par des détours heureux. Est-ce parce qu’ils ont senti ma fibre de résistante qui ne demandait qu’à vibrer une fois de plus aux côtés de jeunes héros prêts à tout pour résister à la Barbarie  ?  

À la fin janvier 2008, je découvre que je suis synesthète, grâce au commentaire d’une lectrice de mon blogue (merci pimpim !).  Je raconte ma découverte à la gang du Noctuart, en soulignant les parallèles que je perçois entre ma  faculté de voir le temps et ma mémoire éléphantesque.  Une de nos deux super altos me dit alors : « ah oui ?  Tu as une mémoire historique, comme les Fleury dans Les Cerfs-volants de Romain Gary ? »  Une mémoire historique ?  Romain Gary ?  Il n’en fallait pas plus pour que je lise ce roman !

Quelques semaines plus tard, je passe par le métro Mont-Royal et décide de tenter ma chance au magasin de livres usagés l’Échange. Qui sait si je ne dénicherai pas un bon bouquin… Je vois la couverture de ce best-seller de Lévy et me dis : pourquoi pas ?  On dirait q’il me fait de l’œil, ce livre !  Étrange, car j’ai lu des critiques, j’ai vu le livre moult fois sur les tablettes, et jamais auparavant je n’avais eu envie de le lire.  Cette fois-ci, c’est différent.

Dans les deux romans, des jeunes ados (qui n’ont d’adolescents que l’âge, en fait !) se joignent à Résistance. 

Dans les Cerfs-volants, Ludo raconte d’abord longuement et pour notre plus grand bonheur sa vie en Normandie avec son oncle un peu fêlé, qui fabrique des cerfs-volants surprenants - une des meilleurs idées romanesques que j’aie rencontrées dans ma vie –, et avec  son voisin qui tient le meilleur resto de France, le Clos-joli (je me demande depuis si ce resto existe vraiment ?!). Il raconte ensuite son coup de foudre pour une jolie polonaise, et j’ai eu le temps de me demander s’il ne s’agissait pas de relents de l’espèce d’adulation naïve à la limite de la misogynie de Boris Vian, dont les héros tombent amoureux de filles dont ils n’ont aperçu qu’un mollet… Mais bon, je m’égare.  Tout ça pour dire qu’on sait dès le début que ces années bénies seront suivies des sombres années d’occupation allemande où de jeunes fermiers sont fusillés au détour d’un chemin de gravier pour avoir porté des messages à la Résistance.  J ’allais vous raconter la suite, mais le livre est trop bon, je ne peux pas lui faire ça. 

Dans Les Enfants de la Liberté, Marc Lévy rend hommage à son papa et à tous ces jeunes immigrés qui n’ont pas hésité à entrer dans l’anonymat, à faire exploser des locomotives chauffées à blanc, à risquer leur vie chaque jour, pour la France.  Première fois que j’entends parler de jeunes résistants étrangers qui baragouinent parfois à peine le français !  Et vlan dans les dents pour l’extrême-droite !  Chaque action menée par ces jeunes est dure à lire, dure à imaginer.  Et leur calvaire ne fait que commencer.  Heureusement qu’on leur rend ainsi hommage !  C’est un roman attendrissant et profondément humain.

J’avais 13 ans quand j’ai vraiment été confrontée à la Deuxième guerre mondiale, l’occupation allemande, la Résistance et la Shoah (en fait, plus petite, j’avais bien vu un extrait du film Au nom de tous les miens, mais je n’avais pas les clés pour comprendre.  J’étais horrifiée ET sans ressources pour m’y retrouver).  C’est en lisant Anne Frank que j’ai d’abord été happée par cette Histoire.  Depuis, je ne m’en remets pas.  C’était pire, adolescente ; la nuit mes cauchemars se déroulaient à Treblinka, Dachau ou Sobibor.

Je ne saurai peut-être jamais pourquoi cette période de l’histoire m’interpelle autant : quand j’entends une sirène, je cherche l’abri ; les bruits de bottes me glacent le sang ; mon cœur se serre parfois quand je vois un train au loin dans la campagne ; je ne supporte pas les mots Arbeit ni schnell, en allemand. Une de mes seules hypothèses repose sur la réincarnation, et je n’en sais vraiment trop rien. Ce que je sais, c’est que je me sens résistante. Indignée et résistante.  Je me permets de dire cela parce que Lucie Aubrac, une résistante célèbre, répète aux jeunes qu’elle rencontre : « si vous avez  déjà dit « c’est injuste », c’est que vous êtes résistant ! ».  Petite, j’étais bien trop bouleversée par les Résistants de l’émission de télé V - Les Visiteurs (ne riez pas !  Je sentais l’urgence d’agir… ce n’était qu’une mauvaise fiction, mais moi je sentais que c’était crucial).  Jeune adulte, on m’a fait découvrir les trois premiers Star Wars (épisodes 4, 5 et 6) et j’ai ressenti la même chose pour les Rebelles.  Voilà.  C’est comme cela.  Et devant les nouvelles de la crise alimentaire actuelle dans le monde, mon cœur bondit de nouveau dans ma poitrine.  C’est injuste.  C’est barbare.  Indignons-nous ! Résistons !

P.S. Dire qu’un autre roman qui m’a happée, en janvier 2006 cette fois, c’est Les Cerfs-volants de Kaboul...

P.P.S. Sur la photo, mon chum et mon fils jouent au cerf-volant.  Je leur souhaite de toute mon âme qu’ils ne connaissent jamais la guerre et sa barbarie.

Cultures : Le jeu de la madeleine avec la sauce à spaghetti aux côtelettes de porc de Michel Tremblay

325956662.gifTarzile, une de mes culinoblogueuses préférées, nous fait découvrir un jeu lancé par une autre trippeuse de bouffe vivant en Martinique, Claudia de Cuisine Framboise.

Le défi : proposer une recette qu’on a découverte dans un roman afin de constituer une bibliothèque gourmande. Ça c’est cool !  J’embarque ! !  À mon avis, le livre qui atteint des sommets en la matière a inspiré le délirant film mexicain Como agua para chocolate (allez vous louer ça le plus vite possible !!! Le réalisme magique d’Amérique latine à son meilleur !) – non seulement chaque chapitre du livre commence par une recette, mais en plus il s’agit d’une fille qui transmet ses émotions à ses convives à travers les plats qu’elle cuisine.  GÉNIAL !

Justement, saviez-vous que Michel Tremblay, mon auteur québécois fétiche, a déjà dit en entrevue que le réalisme magique avait joué un rôle important dans son œuvre ?  Du personnage qui mange de la terre et finit par être emporté par le vent dans Cent ans de solitude de Garcia Marquez aux fantômes qui tricotent des vies dans Les Chroniques du Plateau Mont-Royal, il y a parenté en effet !

Une des milliers choses que j’aime dans l’oeuvre de Tremblay, c’est l’intertextualité.  D’une œuvre à l’autre, on retrouve un personnage, un coin de rue, une anecdote, et si on prend le temps de tout lier, on arrive à la création d’un monde cohérent et délirant à la fois !  Une recette peuple d’ailleurs ses livres, celle de la sauce à spaghetti aux côtelettes de porc. Je n’ai pas pris le temps de chercher toutes les occurrences, mais j’ai au moins retrouvé LA description du plat aux pages 239-240 des Douze coups de théâtre (Babel, Leméac/Actes Sud, 1992) tel que mitonné par les femmes de sa famille.

En voici des extraits : « ... pendant que frémit la base de tomates, d’ail et d’herbes, elles font revenir les côtelettes de porc dans une poêle à part.  Quand les côtelettes commencent à dorer, elles les jettent tout simplement dans la sauce et laissent mijoter pendant des heures et des heures.  (...) Pour manger tout ça, il suffit de verser sur une assiettée de « spaghetti plat » - c’est ainsi qu’on appelle les linguine dans ma famille – de retirer les os dont la chair s’est complètement détachée, de les poser dans une assiette au milieu de la table. (...) Ça goûte fort l’ail, le fromage romano (...) et même un peu d’huile d’olive... »

J’étais excitée comme une puce le jour où Michel Tremblay a été invité à l’émission À la di Stasio car je me doutais bien qu’il y ferait la recette – ce qu’il n’a pas manqué de faire, hourrah ! Nous l’avons ensuite essayée à la maison et c’était délicieux, quoique, lorsque je la referai, je prendrai soin d’enlever le plus de gras possible des côtelettes avant la cuisson et même d’enlever le gras figé sur le dessus du plat le lendemain (c’est connu, les plats mijotés sont meilleurs réchauffés).

Voilà, tout ceci pour participer au jeu de la madeleine (vous aurez tous deviné l’allusion à la madeleine de Proust... Ces réminiscences que les gens confondent parfois avec la synesthésie !  Sauf que tout le monde peut évoquer des souvenirs en goûtant ou humant alors que la synesthésie, c’est une tout autre histoire !).

Merci Tarzile et Claudia pour m’avoir donné l'envie de participer !