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Voyages

Intro

Souvenirs, anecdotes, réflexions

Tourisme responsable au Viêt Nam

Tikal vue par mon père

Journée mémorable en Syrie

Ma tête dans le Mur de Berlin

24 heures en folie du Pérou à la Bolivie

Delphes, de l’enthousiasme à l’effroi en passant par l’enchantement

Un lieu mythique joue à cache-cache avec la brume

Bolivie, séjour professionnel, décembre 2008 :

Bolivia, me revoilà !

 

Première rencontre avec le Sud, cet otro mundo

 

Un mal des montagnes à couper le souffle à La Paz

 

Je reviendrai à Sucre !

New York en amoureux, automne 2009 :

Destination NYC en amoureux (vieux !)

New York façon Facebook

Europe en famille, mai 2010 :

Jef, Marie et fils, Europe Edition

Voyages/Léonard : Bonheurs par procuration

Trucs et astuces pour voyage européen en famille (Intro + thème no 1 : poussette et cie !)

Trucs et astuces pour voyage européen en famille (Thème no 2 : en apporter, ou pas ?)

Trucs et astuces pour voyage européen en famille (Thème no 3 : déplacements et transports + conclusion)

Inde en famille, fin octobre-novembre 2010 :

Genèse d'un voyage en Inde en famille

Inde paradoxale

Voir aussi :

Médias : Une famille « plus verte » dans le Bien Grandir

Léonard : Marsupilamis à bord !

Bonheurs : Ode aux cordes à linge

Bonheurs : Je joue à "tague-blogue"

Bonheurs : Expériences à la sauce indienne

Léonard : Chambre de bébé récup-exotique

 

Bonheurs : Deux mariages, des saris, huit desserts

 

Bonheurs : Pas de dilemme automnal pour maman en cavale

 

Bonheurs : Arbre de Noël récup-exotique

Parentitude : Longue vie à Mama cool !

Mariage : Les belles histoires des cadeaux syrio-guatémaltèques offerts à nos invités

Culture : Lire Paris à travers les yeux des étrangers

23:15 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0)

Voyages : intro

Une priorité absolue dans nos vies.  Autant nous aimons nous retrouver dans notre petit nid, ou nous reposer au chalet, autant nous ressentons un besoin viscéral de nous retrouver dans des lieux où tous nos sens sont interpellés, déstabilisés.  Où le paysage est nouveau 360 degrés à la ronde.  Pour revenir, chaque fois, changés à jamais !

Au cours des dernières années, nous avons entre autres visité...

·        Le Viet Nam (janvier 2004)

·         Le Pérou (Avril 2003)

·         La Syrie et la Jordanie (Été 2001)

·         Toulouse, Paris, Bruxelles (Mars 2001)

·         La Turquie (Été 2000)

·         Le Sri Lanka (Été 1998)

·         L’Écosse et l’Irlande (Été 1997)

·         L’Équateur (Été 1995)

·         Le Mexique et le Guatémala (Printemps 1994)

Marie a aussi visité...

·        La Bolivie (Décembre 2008)

·       Le Guatémala (Mars 2002)

·         La Bolivie et le Pérou (Printemps 1993)

·         L’Europe occidentale (Été 1990)

·         La Martinique (Été 1989)

·         La Grèce (Été 1987)

·         Le Sud de la France et de l’Angleterre (Été 198?)

 

Nous aurons bien sûr des souvenirs à raconter !

 

22:30 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0)

Voyages : Tourisme responsable au Viêt Nam

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Passionnée par les questions de consommation responsable, de commerce équitable et de solidarité internationale, la globetrotter que je suis s’est rapidement intéressée au tourisme responsable (ou, selon les cas, à l’écotourisme, aux tourismes humanitaire, communautaire, équitable, social, éthique,... Bref, j’ai trouvé toutes les déclinaisons possibles, et ce foisonnement de réflexions, d’initiatives et de chartes du voyageur me réjouit, car le tourisme représente la première industrie mondiale et le théâtre de rencontres Nord-Sud souvent inconscientes et aux conséquences parfois dramatiques - mais avec un potentiel de solidarités exceptionnel !) Mes observations, réflexions, idées de gestes à poser, ont déferlé au fil des voyages.  Au Viêt Nam, une situation nous a permis de changer notre façon de fonctionner. Et nous ne l’avons pas regretté !!!

À partir de Ha Noi, une petite excursion d’une journée est très prisée des touristes : la Pagode parfumée.  Une heure de bus pour quitter la ville, une heure de bateau à travers les rizières du Delta du Fleuve Rouge, une randonnée dans les montagnes, et l’on atteint ensuite des temples bouddhistes dans des grottes et à flanc de montagnes. 

Devinez ?  C’est ma-gni-fi-que !  Le Viêt Nam de nos rêves !

Comment s’y prendre pour gérer tous ces transports ?  Rien de plus simple : à Ha Noi, les petites agences de voyages pullulent, et toutes organisent des excursions pour tout.  Demi-journée, deux jours, un mois, de la visite d’un site à la tournée du pays, on peut tout faire à partir du quartier des routards.  Achat de billets de trains, réservations de dodos. C’est bien simple, les autobus pour touristes sont moins chers que ceux des locaux et ils sillonnent le pays en s’arrêtant de quartiers de routards en quartiers de routard.  Faudrait être fou pour se casser la tête comme dans certains autres pays, en traversant la ville jusqu’aux faubourgs pour trouver les gares, acheter soi-même ses billets, y retourner à l’aube le lendemain, etc. etc !

Nous avons donc pris « un tour » avec un des petits cafés de touristes.  Et c’est vrai que ça coulait tout seul : l’autobus nous a mené au quai qui nous mené à la petite dame qui a ramé à s’en casser le dos qui nous a amené au sentier, le repas était prévu en plein montagne, redescente, et le processus s’inverse...  Jusqu’à ce que la petite rameuse nous demande un pourboire.  Nous lui donnons un pourcentage du total du tour, payé au café.  Elle insiste : « Plus ! plus ! Je travaille fort ! »

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C’est alors que je repense à l'atelier sur le commerce équitable que l’organisme pour lequel je travaille offre aux écoles secondaires.  Les jeunesy découvrent qu'un des principes du commerce équitable, c’est la réduction du nombre d’intermédiaires, afin de payer un prix juste aux travailleurs de la première ligne. 

La petite rameuse est aux premières lignes du boulot.  À l’autre bout, une entreprise possède des cafés dans tout le Viêt Nam et qui sous-traite avec des petites rameuses, des chauffeurs d’autobus, des restaurateurs...  Qui, eux, ne touchent presque rien du prix du tour ! 

À partir de ce jour-là, au Viêt Nam, nous avons fait affaire avec les cafés presque uniquement pour acheter des billets de train ou d’avion. Pour des promenades, des visites, nous avons tenté de nous rendre le plus près possible par nous-mêmes pour ensuite acheter des services directement aux personnes concernées. Quelle bonne idée ce fut-là !  

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Pour visiter la magnifique baie de Ha Long – vous vous souvenez, dans le film Indochine, des jonques aux voiles si caractéristiques qui voguaient entre des rochers jaillissant de la mer de Chine ?

Nous nous y sommes rendus en train depuis Ha Noi, puis en aéroglisseur, sur l’île de Cat Bai.  Sur les quais, nous avons rencontré le propriétaire d’un hôtel.  Plus tard, dans le hall, il nous a parlé de son bateau (il n’y a plus de jonques dans la baie) et de la possibilité de nous amener en mer: nous avons accepté son offre.

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Nous avons passé 24 merveilleuses heures sur son bateau, aux côtés du capitaine et du cuisinier; celui-ci nous a cuisiné un souper magnifique : salade de calmars, ananas et carottes, poisson, riz, sauté de légumes – repas que nous avons dégusté sur le pont avec eux, éclairés par les étoiles et une lampe tempête.  Nous avons dormi comme des loirs dans une cabine en bois, le bateau ancré dans une petite baie entourée de rochers.

Nous avons, au retour, croisé un couple d’Australiennes qui avait marchandé âprement auprès de dizaines de propriétaires avant de se décider, et qui, pour moins cher que nous, ont eu une expérience un peu décevante.  Puis, nous avons rencontré une Québécoise qui avait acheté un « tour » très bon marché depuis Ha Noi : ils étaient deux douzaines de touristes sur un bateau avec dortoirs, ont mangé des œufs frettes... et il y avait des rats !

Nous avons trouvé que le principe d’aller toujours le plus près du site par soi-même, pour éviter les intermédiaires, ça pouvait avoir du bon ! J
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22:10 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (4)

Voyages : Tikal vue par mon père

Voici un texte que mon papa m’avait écrit par courriel après avoir visité la magnifique cité perdue des Mayas, Tikal, au Nord du Guatemala.  On y reconnaît sa sensibilité, son talent de conteur, ses connaissances historiques, son esprit d’analyse.  Il savait que Jef et moi l’avions visitée en 1994, découvrant les dizaines de pyramides croulant sous la végétation tropicale, effrayés par les cris des singes hurleurs et, au retour, tellement étonnés de retrouver une des plus belles vues sur les sommets des pyramides émergeant de la forêt à la fin du film Star Wars de 1977 !

N.B. La photo n’est ni de Jacques ni de nous...

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Bonjour! Mardi 26 juin 2001, à Flores... Voici mes impressions sur Tikal.  Vous pouvez lire mon délire innocent.

Je n’avais aucune idée de ce que j’allais trouver, voir, sentir, ressentir en arrivant sur un site maya.  Dans les Amériques, je n’avais été qu’à Machu Picchu et là-bas, l’expérience est magique : l’environnement, vallées, fleuve, collines, et pics verdoyants, la nature et l’ensemble des ruines d’une ville – maisons – étonnent, Surprennent et créent l’effet extraordinaire.

À Tikal, c’est un centre cérémoniel de 16 km carrés sans indices d’une vie civile et quotidienne au milieu d’une forêt, que l’on découvre lentement, ensemble par ensemble avec un guide qui suit un itinéraire tout en crescendo vers le plus grandiose avant de terminer au Mundo perdido, le lieu le plus impressionnant. La forêt tropicale, aménagée par endroits en des parcs magnifiques, nous attire, nous rafraîchit, nous comble tout autant mais tout autrement que les ruines. Ces ruines sont jeunes, de -250 à 900.  Des guerres puniques au démembrement de l’héritage de Charlemagne.

Les pyramides raides, les temples aériens, les palais modestes, les autels et les stèles, tout est silencieux, tous nous retiennent et nous repoussent hors du temps.  Impossible de trouver des repères.  Et la forêt et es bruits : arbres, feuilles, lianes, oiseaux, petits animaux, la brise nous distraient.  Je n’arrive pas à imaginer la foule, les guerriers, les prêtres et le roi et la noblesse dans leurs activités et les cérémonies. 

Pas de magie comme à Machu Picchu.   C’est un ensorcellement.

Les tiares des temples tirent les pyramides vers les nuages et percent la forêt.  Les chambres palatiales, petites et humides avec les linteaux et les poutres rondes semblent ridicules.  Nous ne voyageons pas dans le temps, nous quittons le temporel.

Ce peuple écrivait, calculait et ne connaissait pas les métaux.  On en était à l’âge de pierre au moment de l’épanouissement de l’empire musulman.  Les Aztèques, tout près, étaient couverts d’or et d’argent.

C’est la cité perdue qui hante les enfants et les adolescents et qui, pour cela, inspire et inspirera les écrivains et les cinéastes.

Voilà Marie.  C’est ça un vieux prof à la fin d’un stage très réussi mais fatiguant (les nombreux déplacements).

À très bientôt

J. xxx 

23:45 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0)

Voyages : Journée mémorable en Syrie

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Photo : femmes devant le Palais Azem (1749-1752) à Damas

 

Été 2001 : Jef et moi parcourons, sac au dos, la Syrie et la Jordanie. (Oui, je sais, quel timing !)   

 

Nous avons eu un véritable coup de foudre pour la Syrie. D’abord, cet extraordinaire sentiment de sécurité (après une escale à Amsterdam où les vols à l’arraché sont une véritable plaie, quel bonheur de déambuler dans les rues, la nuit tombée, le passeport à la main, sans aucune inquiétude !!!); l’accueil chaleureux des gens (le 11 septembre 2001, j’ai eu le cœur serré en pensant à toutes ces personnes qui nous avaient si chaudement reçus dans leurs petits hôtels et restos et qui allaient sûrement souffrir d’une baisse certaine d’achalandage); les souks labyrinthiques, leurs épices et savons à l’huile d’olive et au laurier;  la bouffe siiiiiiiii délicieuse (c’est en Syrie que j’ai entendu pour la première fois grogner mon chum de plaisir alors que mangions froid – les légumes farcis y sont tellllllement bons ! Et je ne vous parle pas des figues fraîches !; quant aux pâtisseries à base de pâte d’amande et de pistaches, je les réserve pour un autre texte); les rencontres avec plus de Français sympathiques que jamais (« Vous êtes québécoise ?  Vous devez avoir une voix magnifique !  Et je suis jaloux de votre accent !  Ahhh ! »); les amitiés durables qui ont résulté de ce voyage (hein Chrystèle ? J ); et bien sûr, plus de vestiges historiques au mètre carré que nulle part ailleurs (je vous en soupoudrerai un aperçu de ci, de là dans ce texte...)

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Photo : ruines de Palmyre (200 avant Jésus-Christ) vues de l'oasis

Bref, pendant notre séjour, une journée pas comme les autres nous a émus, bouleversés, profondément marqués.  Elle est de celle qui, une fois terminée, nous laisse béats et incapables de dormir.  On arrive dans notre chambre d’hôtel et on se dit c’est pas possible, on a vécu tout ça aujourd’hui ?  Et là, c’est fini ?

1958382070.jpgNous sommes à Hama, grande ville de province du centre du pays célèbre pour ses norias (sur la photo...).  Nous prenons un « tour » pour visiter tout plein de sites en une journée.  Nous montons dans le minibus et déjà la magie s’installe : un Français (yé !), une Polonaise, un couple de Soudanais et leurs deux petits (oui, oui), un Britannique d’origine pakistanaise et un Américain de San Francisco extrêmement sympathique - tout ce beau monde va s’entendre à merveille ! J

 

1736274560.jpgJe vais vous faire une confidence : je n’ai pas tant de souvenirs que ça de ce « tour ».  Bon, disons que je me souviens bien de ces maisons en forme de ruches qui offrent un abri de fraîcheur à ses habitants (nous y avons pris le thé et je VOUS JURE qu’il y avait là un frigo, même si on ne voit pas un fil électrique à l’horizon !).  Je me souviens aussi de ce château arabe disparu peu à peu au soleil couchant...

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Mais ce dont je me souviens surtout, c’est de la conversation qui est née au pied de ce château.  Nous nous sommes mis à parler d’Adam et Ève (???!!!).  Les Soudanais et le Britano-pakistanais nous ont expliqué que dans l’Islam aussi Adam et Ève sont présents (les points communs avec le Christianisme sont si nombreux que cela ne m’a pas étonnée – la mosquée de Damas comprend un minaret dit "de Jésus" et le tombeau de St-Jean-Baptiste ! Alors !); on a comparé les deux versions de l’histoire (Abel et Caïn et la possible, ou non, descendance... Car si Adam et Ève étaient les premiers, comment le frère meurtrier a-t-il pu se rendre à la ville après son méfait ?!) et je vous épargne toutes nos élucubrations ! C’était amusant de voir que la Polonaise athée et le Français calviniste se montraient agacés par notre discussion pendant que notre ami américain catholique et nous-mêmes, très peu pratiquants, profitions avec un plaisir manifeste de ce moment de grâce oeucuménique !!!

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Photo : le Krak des chevaliers (11e siècle) : le château tant rêvé des enfants qui jouent aux contes de fées !!!
De retour à Hama, nous sommes spontanément allés manger ensemble (sauf les Soudanais qui avaient deux petits à coucher).  Le repas fut somptueux et le plaisir de partager nos réflexions tous ensemble s’est poursuivi. Nous avons fait découvrir aux autres la boisson gazeuse locale à saveur de pomme (à l’étranger, j’encourage toujours les marques nationales – aux cerises, pamplemousse, citron... bien mieux que du Coca Cola, et c’est de l’achat local, pardi !) et ils ont adoré ! Notre ami pakistano-britannique n’en revenait pas d’apprendre que nous étions 7 millions d’habitants au Québec. Nous n’en revenions pas de ses aventures vécues en randonnée au Pakistan.  Notre ami américain parlait de Montréal comme d’une « fantastic city »...

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Photo : Marie dans la Citadelle d'Alep (11e siècle)

En descendant au rez-de-chaussée du resto après le repas, nous avons découvert que quelque chose de spécial s’y déroulait : un mariage !  Que des hommes, en fait (les célébrations se fêtent séparément semble-t-il !), à part la Polonaise et moi.  Les gars ont donc dansé (Jef avec son t-shirt des Légendes fantastiques de Drummondville, oui oui !), tout ce beau monde est sorti dans la ruelle millénaire, des coups de feu ont retenti dans les airs...  Et nous sommes rentrés gentiment nous coucher. 

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Photo : Jef rédige son journal de voyage sur le toit de l'hôtel à Alep

Vous avais-je dit que ce fut une journée mémorable ? J  

Après le 11 septembre 2001, j’ai réussi à retrouver, en inventant toutes les adresses courriel inimaginables, le frère de notre ami américain, puis lui-même.  Lui devait se rendre jusqu’en Inde depuis la Syrie après notre rencontre et je voulais être sûre que tout allait bien pour lui.  Ce qu’il m‘a confirmé. 

N.B.  Vous remarquerez que je ne publie ici aucune photo où l'on peut voir les visages des personnes.  Je préfère ne pas le faire car je ne peux pas leur demander la permission...

P.S. Merci à Marie-Julie pour son magnifique Taxi-brousse ! C’est la création de ce blogue qui m’a donné l’impulsion pour prendre le temps de parler d’un voyage ici ! 

 

23:40 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (4)

Voyages : Ma tête dans le Mur de Berlin

602630164.jpgJ’ai 16 ans.  Nous sommes en 1990.  Le Mur est tombé il y a moins d’un an, et je me balade en Europe, sac au dos.  Je réalise un rêve deux ans plus tôt que prévu... et JE TRIPPE !!!

Tout a commencé (c’est le bing bang de mon envie de faire le tour du monde que je vous raconte là, ce n’est pas rien ! J ) en 1re secondaire. Je me lie d’amitié avec deux élèves de mon école, une Espagnole (Elena) et une Allemande (Anne), toutes deux au Québec pour la durée d’une année scolaire.  Mon cours de géo me fait rêver. Coup sur coup, je lis un roman qui se déroule en Suède, découvre le groupe norvégien A-ha et prend une grande décision : je vais faire le tout du monde !  Voyager le plus possible !  C’est tout, bon !

J’étais déjà allée en Europe avec ma mère vers l’âge de 8 ans et j’avais beaucoup aimé, mais je n’avais pas alors senti l’appel de l’aventure sac au dos.  Cette fois-ci, je m’imagine déjà dormir par terre dans les gares, manger une fois par jour et chanter au coin des rues pour survivre...  Que voulez-vous, le mélodrame Sans famille d’Hector Malo m’a marquée ! J Entre ce moment et mon voyage en Europe occidentale à 16 ans, j’aurai le bonheur d’aller en Grèce (été 87) et en Martinique (été 89) avec mon papa et dans un camp de vacances juif anglophone en Ontario (été 88), mais ça, ce sont d’autres histoires !

Imaginez une ado qui a soufflé ses 16 bougies en janvier de sa 4e secondaire.  Romantique. Idéaliste. Toujours à correspondre avec ses 19 correspondants d’un peu partout dans le monde, dont Margriet en Hollande. Qui écoute les Beatles nuit et jour. Qui a parfois des nouvelles de son amie allemande rencontrée en 1er secondaire, entre autres lors de l’effondrement du Mur de Berlin. Qui trépigne d’impatience, veut voir du pays et partir à l’aventure et se dit qu’il faut bien qu’elle attende ses 18 ans pour faire comme son cousin Nicolas et ratisser enfin l’Europe dans tous les sens avec une Eurail-Pass !

Un jour, ma grande copine Sophie m’annonce qu’elle ira encore en Europe l’été qui s’en vient, pour voir des membres de sa famille (ses parents sont Européens : sa mère est piémontaise mais a vécu une grande partie de sa vie en France et son père d’origine corse et ayant vécu toute son enfance au Maroc a vécu longtemps en France !!!)  Je ne fais ni d’une ni deux : « et si on allait un peu partout en Europe voir les gens qu’on connaît ?  Des amis de ta famille en France, Anne à Berlin, Margriet en Hollande, Elena en Espagne... ?  On n’a pas encore l’âge des auberges de jeunesse (!), mais en allant chez des gens... »

Eh bien, on l’a fait !  Nous n’avons pas réussi à aller jusqu’en Espagne (j’ai eu bien des deuils à faire, car moi je voulais AUSSI aller à Moscou (!)), mais en 5 semaines, nous sommes allées à Paris, puis Toulouse par le train de nuit, puis des excursions à la mer et à Bordeaux, puis un arrêt à Grenoble, puis le train jusqu’à Berlin en passant par Bâle et Francfort (la traversée de l’Allemagne de l’Est s’est fait de nuit et on s’est fait confisquer nos passeports), puis en Hollande chez ma correspondante (que je n’avais jamais rencontrée et que j’ai revue deux fois depuis), puis à Paris de nouveau.  Merci à tous ceux et celles qui nous ont si chaleureusement accueillies !!!!

Pour votre info, j’ai payé mon billet d’avion et mes dépenses quotidiennes avec mon propre argent de poche gagné en travaillant à la Pâtisserie. Mes parents m’ont offert la passe de train et m’ont aidée à acheter des cadeaux pour mes hôtes (t-shirts du Festival de jazz, romans québécois, sculptures inuits...). Sophie était très impressionnée par mon sens de l’organisation. Plusieurs semaines avant notre départ, j’ai acheté une carte ferroviaire de l’Europe et ai préparé notre itinéraire avec soin car nos parents étaient certes prêts à nous laisser partir, mais en autant que quelqu’un soit tout le temps présent à la gare pour nous cueillir ! Je savais donc l’heure, la minute et le quai exacts pour chacune de nos destinations !

On a mangé du pain baguette avec du chocolat et des pêches blanches tout le temps (Sophie s’offrant aussi des camemberts, moi je n’aimais pas).  J’ai lu Une prière pour Owen de John Irving à la plage et dans les trains. J’ai traîné deux douzaines de cassettes audio pour écouter ma musique des années 60 et 70 jusqu’à plus soif.  Nous avons pris plein de photos noir et blanc : de ruelles, de vélos, mais surtout pas de « monuments » (c’est vraiment trooooop poooooche visiter des monuments fraaaaaaaaaaaaaaaannnnnnnnnchement !!!! – dixit deux filles de 16 ans).  En sortant de la gare d’Amsterdam, je me suis dirigée à l’œil vers la Maison d’Anne Frank et ne voulait plus en partir.  La tombe de Jim Morrison et La Main de Dieu de Rodin sont mes plus beaux souvenirs parisiens de ce séjour...

Mais bien sûr, un des clous de notre voyage fut le Mur de Berlin.  Le 1er mur – celui qui donnait sur Berlin-Ouest – était déjà démantelé, mais le 2e – celui qui donnait sur Berlin-Est et qui créait auparavant un espace de corridor « no man’s land » de quelques mètres de large entre les deux murs – tenait encore debout, quoique déjà en piètre état.  Nous l’avons franchi, le temps de voir une série de Lada stationnées de l’autre côté.  Sur la photo, c’est donc vraiment moi, vraiment à Berlin, vraiment dans le Mur !

Je savais déjà que j’aimais être ailleurs, que j’aimais être confrontée à la différence, que j’aimais me retrouver là où l’histoire avait fait vibrer l’humanité.  Et cela ne faisait que commencer !

23:30 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (8)

Voyages : 24 heures en folie du Pérou à la Bolivie

235368922.jpgEn 1993, je réalise enfin mon rêve : partir en stage avec le Programme SENS du Cégep de Saint-Laurent (cofondé par mon papa  - depuis le premier stage où il fut accompagnateur, en 1987 à Haïti alors que j'avais 13 ans, que je me promettais de m'inscrire à ce programme !).  Je séjourne donc un mois en Bolivie où j’ai vécu certains des moments les plus marquants de ma vie.  Puis, ensuite, je passe un petit deux semaines au Pérou pour vivre un trip de voyage assez intense (Lac Titicaca, Inti Raymi – fête traditionnelle du Soleil le 24 juin - Chemin des Incas, Machu Picchu, rafting sur l’Apurimac...)  Mais comme chaque bonne chose à une fin, je suis attendue au Québec pour un mariage puis pour retourner travailler au camp Minogami (déjà, j’ai rogné sur une partie de l’été et arriverai pour le 2e séjour).  Je dois donc quitter l’ancienne capitale Inca, Cuzco, pour relever le défi de traverser en 24 heures la frontière Pérou-Bolivie pour attraper mon avion à La Paz !  C’est ça, la jeunesse ! J

Nous sommes un mercredi soir de juillet.  J’ai ramassé tout mon stock qui gisait sur le plancher du guide de rafting qui nous héberge dans son salon, j’ai fait des courses, je ne trouvais plus mes amies mais les ai croisées à temps sur la Plaza de Armas pour qu’on se rende à la gare d’autobus.  Sophie (la même qu’ici !) me confie un magnifique jeu d’échec où Espagnols et Incas s’affrontent, pour que je le remette à son chum au Québec.  Nous jasons à côté de l’autobus, le cercle que nous formons se déplace, nous tournons le dos à mon sac de jour (celui que j’apporterai avec moi dans l’autobus)... et celui-ci disparaît !  QUELLE TUILE !  Je savais que les vols étaient courants au Pérou, en particulier à Cuzco, mais en deux semaines, nous étions vigilantes et rien ne nous était arrivé.  Sophie pleure de colère – il y a ce jeu d’échec mais aussi une lettre de plusieurs pages écrites à la main ! (N’oublions pas que c’était l’ère pré-Internet !)  Je perds donc mon appareil-photo (qui a rendu l’âme sur le Chemin des Incas), des livres de lecture (je ne saurai jamais la fin de La tante Julia et le scribouillard de Vargas Llosa), et un peu de bouffe pour supporter le trajet de nuit.  On se met à chercher de la monnaie dans nos poches pour m’acheter quelque chose... jusqu’à ce que les vendeurs ambulants, qui se trouvent près de l’autobus avec leurs paniers de pain et d’autres grignotines, m’offrent de quoi me sustenter !  J’en suis encore émue.  Ces gens-là gagnent si peu, et m’ont tant offert !

Quel pénible voyage de nuit en autobus.  Je suis au fond, flanquée d’un jeune garçon péruvien qui veut devenir policier et d’un Autrichien qui ne parle pas du tout espagnol et à peine anglais. Nous passons par des cols au-dessus de 4000 mètres d’altitude et les vitres se couvrent de glace. Je m’enroule, assise, dans mon sac de couchage. 

Ce jeudi matin, nous sommes sur le plateau andin appelé Altiplano.  Nous prenons sur le pouce des étudiantes qui se rendent à l’Université (de Juliaca ou de Puno ?  Je ne sais pas).  Je descends de l’autobus et suis accueillie par un jeune homme qui tient une pancarte avec mon nom dessus  - les gens qui m’ont vendu le billet à Cuzco ont communiqué avec des gens de Puno pour m’aider à passer d’un autobus à l’autre !  Wow !  On m’offre un Coke et je peux faire pipi... dans la cour arrière de chez quelqu’un, les poules caquetant autour de mes jambes.  Puis, c’est reparti, cette fois en compagnie d’Australiens super gentils qui sont bien d’accord avec moi : le Lac Titicaca, ça nous rappelle la Grèce  !  En plus froid, mais la Grèce tout de même !

Voici la frontière. Deux petites cabanes de béton, une péruvienne et l’autre bolivienne. Pour quitter le Pérou, pas de problème (sauf dans mon cœur, snif !).  Le temps de franchir à pied le No man’s land de quelques mètres et je recroise une personne exubérante que j’avais rencontrée au Machu Picchu – un brésilien ayant fait des études en français en Égypte... Je lui raconte l’épisode du sac volé et il pousse de grands cris d’horreur !

J’aurais bien voulu en pousser, des grands cris d’horreur moi aussi, lorsque je me retrouve devant le douanier bolivien. En effet, mon visa est échu, mais j’explique que je ne fais qu’aller prendre mon avion (billet comme preuve à l’appui).  Il m’invite alors à le suivre dans une pièce fermée et me fait le signe universel de l’agent en frottant deux doigts... Merde !  J’enlève ma botte de marche puante, en retire un 20$US, et le tour est joué.  Bolivia, me revoilà !

2134486585.jpgLa Paz.   Retour dans cette plus haute capitale du monde où les riches vivent tout au bas de la cuvette (à environ 3000 mètres d’altitude), et les plus pauvres, tout en haut (à 4000 mètres d’altitude, dans le bidonville de El Alto) !  C’est la course contre la montre. Je me présente auprès d’un chauffeur de taxi et lui offre de m’accompagner dans mes courses. Il sera super gentil et je lui ferai totalement confiance, mon gros sac tout crasseux gisant dans son coffre pendant mes allers et venues de la journée !

Arrêt no 1 : El Banco de Bolivia (s’tu ça ?) pour retirer de l’argent envoyé par ma tante depuis la CIBC de Montréal.  Flûte, c’est fermé, et la porte principale est cachée par un garde tenant mitraillette !  Je perçois qu’il y a encore de l’activité à l’intérieur, vois une trappe pour les colis, m’y engouffre, me plante devant une guichetière, lui dis mon nom.  Deux minutes plus tard, le nom de ma tante résonne dans la pièce vide de clients, j’empoche les sous.  Une affaire de réglée !

Arrêt no 2 : Bureau de la compagnie aérienne pour confirmer mon billet.  Tout est beau, me dit-on.  Ouf !

1605634985.jpgArrêt no 3 : Rue Sagarnaga pour acheter quelques cadeaux artisanaux, puis sur une petite rue perpendiculaire pour aller acheter aux fameuses sorcières des filtres magiques (amour, chance, santé) pour ma famille.  Par contre, les foetus de lama séchés, je laisse ça aux ingénieurs et architectes qui doivent en mettre dans chaque fondation pour que ce soit bien solide !

Arrêt no 4 : Auberge où j’avais séjourné quelques semaines plus tôt.  Stupeur : un sac que j’avais laissé dans la bodega ne s’y trouve plus.  À la réception, je laisse des sous à une amie qui devrait repasser par là en route vers le Paraguay.  Je passe à travers la pile de lettres arrivées pour les résidants : rien de mon chum.  Je parcours des yeux les meubles jonchés de paperasse, je pointe un petit coin de papier qui dépasse avec les petits carrés rouges et bleus caractéristiques de bien des enveloppes « Par Avion », la dame tire dessus... bingo ! Une lettre de mon chum, que je lirai en larmes dans le taxi en route vers l’aéroport !  

Jeudi soir, à l’aéroport, je tombe sur mon amie Sophie - une autre Sophie - (bonne nouvelle : c’est elle qui a pris mon sac à l’auberge) complètement paniquée de me voir arriver autant à la dernière minute.  C’est qu’elle a croisé le Brésilien exubérant dans son hôtel et celui-ci lui a raconté l’histoire du sac volé avec moultes exagérations ! Je la rassure : c’était surtout des biens de valeur sentimentale, et oui j’ai réservé ma place dans l’avion.... 

Sauf que, la confirmation de place ne semble pas avoir réussi à franchir les 1000 mètres d'altitude qui séparent le Centre-Ville de l’aéroport, mon nom n’apparaît pas ! Mais il reste un tite place pour moi. Un « Ouf » cette fois-ci fondé !

De longues heures d’avion nous attendent.  Cela fait 7 jours que je n’ai pas dormi dans un lit (4 jours de rafting + une nuit sur le plancher du guide de rafting + un autobus de nuit + un avion de nuit !)

Vendredi dans la journée, nous faisons escale à Miami (quel choc culturel !  On a envie de rebrousser chemin !). Nous arborons fièrement nos gros chandails de laine andins et nos bottes de marche.  Une américaine nous prend en pitié : « Take those sweaters off or you gonna diiiiie outside ! » (Elle n’a pas tort, nous les avons bien quittées nos montagnes adorées, il doit bien faire 30 degrés à l’extérieur !)  Insouciantes, nous nous baladons dans les couloirs (cette fois-ci, pas le temps d’aller se rafraîchir dans la piscine qui se trouve sur le toit – j’en profiterai avec Jef et ma belle-sœur en 1995 en route vers l’Équateur !).  Au détour d’une allée déserte, nous tombons sur nos sacs laissés à l'abandon... Il fallait les réenregistrer mais n’y avions pas pensé !   Décidément, le hasard joue en notre faveur !

Vendredi soir, je suis chez moi, dans les bras de mon chum après une longue douche, et je ne sais plus quelle émotion prend le dessus sur l’autre : être revenue ou vouloir repartir !

(Samedi matin : départ pour Québec où nous avons un mariage.  Dodo à Shawinigan.  Dimanche : retour au camp de vacances.) Avais-je une vie bien remplie, l’été de mes 19 ans ?!!!

Crédits photos pour la 2e et la 3e (il s'agit de vieilles cartes postales) : Jimenez Montero et Juan de la Riva. 

23:25 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (4)

Voyages : Delphes, de l’enthousiasme à l’effroi en passant par l'enchantement

Marie_Jacques_Delphes.jpgÉté 1987 (j’ai 13 ans) : mon papa m’emmène en Grèce !  Depuis plusieurs mois que je lui rebats les oreilles avec mes rêves de voyages, voilà-ti pas qu’un de ses collègues, qui a sa propre agence de voyage, lui offre d’accompagner un groupe en Grèce, voyage précédé de plusieurs heures de cours sur l’histoire grecque (et ça tombe bien, mon père étant prof d’histoire au cégep et ayant déjà plusieurs séjours en Grèce à son actif !).  Il ne fait ni une ni deux : il accepte et me paie le forfait, le sien étant payé comme dédommagement.  Quel bonheur !

Je pourrais en raconter des choses sur cette expérience d’une jeune fille qui partage la route avec 14 adultes à la retraite ( !) : j’y ai appris que les voyages organisés n’étaient pas ma tasse de thé, que la lecture pouvait me faire manquer de magnifiques couchers de soleil (Anne Frank a bouleversé ma vie cet été-là), qu’on pouvait faire une psychose en plein autoroute – oui, une des dames du groupe a vécu là-bas la pure épreuve de sa vie, j’en ai été témoin et cela m’a évidemment maquée - .... Au delà de tout, j’ai voyagé avec mon père !  J’ai appris un tas de choses, visité des lieux magnifiques, vécu des moments magiques.

En particulier, la visite de Delphes m’avait enthousiasmée (le mot enthousiasme vient d’ailleurs de cette idée d’être « possédé » par un dieu, telle la Pythie de Delphes !).  Mon père et moi nous plaisions à raconter, quelques années plus tard, que le Machu Picchu et Delphes étaient les deux nombrils du monde (selon les mythologies grecque et inca – bon on triche un peu, c’est Cuzco et non le Machu!) à visiter absolument pour l’émotion et la beauté à couper le souffle de ces sites à flanc de montagne.

Hiver 1992 (j’ai 18 ans) : je suis un cours d’atelier littéraire au Cégep de Saint-Laurent. L’exercice de la semaine consiste à raconter un événement où nous avons expérimenté le coup de la madeleine dans le thé de Proust : être projeté dans le passé au contact d’un son, d’une odeur, d’une vision... Je décide alors de raconter mon passage à Delphes comme souvenir rappelé à moi par des images de la Guerre du Golfe de 1991 ! Été 2008 (J’ai 34 ans, ouch !): Voici, ci-dessous, le texte rédigé en 1992.  J’en avais un souvenir un peu trop flatteur (peut-être parce que je me rappelais le commentaire du prof : «  j’ai bien cherché à mettre « du rouge partout », mais mon crayon est resté en suspens, pris au charme de la beauté hellène »), mais je ne le retoucherai pas (même si c’est tentant, et ce, à plusieurs reprises).  Le voici, à l’état brut, si on veut !

Depuis la tranquillité de mon salon, j’observais avec dégoût à la télévision le avions américains raser le désert de l’Irak et lancer sans compter des milliers de bombes.  Dès le début de la guerre, j’avais été scandalisée, horrifiée et je marchais dans les rues pour la paix tous les jours.  Mais aujourd’hui, c’était différent.  Je me sentais profondément déragée, instable, et j’avais un certain mal au cœur.  Tout cela à la vue d’une image, pourtant semblable à toutes les autres, celle d’un avion tout noir au nez pointu comme celui d’un aigle.  Je n’arrivais pas à comprendre pourquoi un jet américain parmi tous ceux qu’on voyait à la pelle chaque jour dans les médias ne faisait un tel effet. Je finis par oublier cette sensation de déjà-vu et continuai à vaquer à mes occupations.  Ce ne fut que plusieurs heures plus tard que je me rappelai.

Je feuilletais les photos d’un voyage en Grèce datant de plusieurs années.  Olympie, Mycènes, Épidaure, et enfin, Delphes... Delphes, un endroit de toute beauté où tout mon petit groupe d’amis québécois avait eu le souffle coupé par l’enchantement qui s’en dégageait.  La mythologie raconte qu’on lança deux aigles dans le ciel afin de découvrir le nombril du monde, qui serait désigné au-dessous de l’endroit où les grands oiseaux se rencontreraient ; il s’avéra que la rencontre se fit à Delphes !

Delphes.jpgLes cigarettes tombaient des mains des fumeurs, les appareils photos se balançaient aux cous des touristes.  La grande plaine d’oliviers semblait se soulever, les hautes montagnes s’y enfoncer. Les derniers vestiges du temple antique attendaient derrière nous. Je me souviens, une copine me dit plus tard : voilà, maintenant que j’ai vu Delphes, je pourrai croire à n’importe quoi !

Un bruit assourdissant nous tira brusquement de notre rêverie. Le temps d’une seconde, un avion militaire pareil à celui que je vis à la télévision traversa la vallée sereine et féerique comme un éclair noir.

Note : les photos datent de ce voyage.  Ça paraît, hein ?  J’utilisais un appareil épouvantable !  Mais bon, j’ai des souvenirs, dont cette photo avec mon père (ci-dessus) que j’affectionne tout particulièrement.

 

23:20 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (2)

Voyages : Bolivia, me revoilà !

Je suis excitée comme une puce.  Je suis d’abord emballée par ce que la vie me permet d’expérimenter : attendre un avion dans un aéroport, en route vers la Bolivie, 15 ans après mon stage d’étudiante dans ce pays andin !  Je suis seule, avec un portable, en train de siroter un jus d’ananas !  J’aime tellement l’atmosphère des aéroports, j’aime tellement les départs vers des destinations éloignées, et j’aime tellement être seule une fois de temps en temps, que je me sens vraiment privilégiée !  Et puis, mon mandat de travail là-bas est passionnant.  Habituellement, dans ces contextes de rencontres de coopération internationale, je me sens comme un poisson dans l’eau, et pas n’importe quel poisson : je me sens comme celui qui a trouvé LE courant marin qui lui plaît, si vous voyez ce que je veux dire J.

 

Devant moi, 6 vols d’avion en 8 jours, deux escales à Miami, trois villes boliviennes où je résiderai (La Paz, Sucre et Santa Cruz).  J’adore m’imaginer comment je vais me débrouiller dans tout cela, passer d’une langue à l’autre (trois), me déplacer, me sentir chez moi dans les chambres d’hôtels, faire des rencontres magnifiques, reprendre contact avec les réalités d’un pays en voie de développement.

 

D’un autre côté, j’ai la frousse.

 

C’est que me voilà une « vieille chnouque » de presque 35 ans, et surtout, surtout, je suis maintenant MAMAN !  Voilà pourquoi j’ai la chienne.  Qu’il m’arrive quelque chose.  Ce qui m’inquiète ?  Un peu de tout : les vols d’avion, le niveau de fatigue, les risques inhérents à la prise de taxis et aux tensions sociopolitiques dans ce pays tellement inspirant pour la marche du monde.  Et surtout, de l’altitude, car j’arrive directement à 4100 m alors que lors de mes autres séjours en montagnes j’avais atteint les hauteurs après de séjours à plus basse altitude, le temps de m’acclimater (2000m, 3000 m).  Je vais en boire, de la maté de coca, ça c’est sûr !

 

En quittant la maison tout à l’heure, j’avais de la difficulté à conscientiser le fait que je ne verrais pas Léonard pendant 8 jours - mon tendre, délicieux pirate de bain d’eau douce ! - et mon amoureux, et ma maman, et mon minet.  Ouille, ouille.

 

Et j’ai encore un sourire en coin à l’idée que j’espérais avoir le temps d’écrire deux autres billets sur mon blogue avant celui-ci – un pour raconter nos petits bonheurs de l’automne 2008, un autre pour expliquer mon vote enthousiaste par anticipation pour Québec solidaire.  Pas eu le temps !!!

 

Bolivie, j’ariiiiive ! J

 

N.B. Si vous lisez ceci, c’est que j’ai réussi à me connecter quelque part et à mettre ce texte en ligne.  Il y a un précédant : j’ai tellement trippé quand MarieJu a mis en ligne textes, photos et mini vidéos lors de son voyage en famille à Taiwan que depuis, je ne rêve qu’à ça, chroniquer depuis les Andes. (Je sais, certaines personnes veulent surtout DÉCROCHER à l’étranger, et ça a du bon, mais moi je ne veux pas bouder mon plaisir d’écrire !!!) Par contre, que j’arrive à écrire de nouveau d’ici le 8 décembre (j’aurai un horaire ultra chargé) ou non, je ne crois pas pouvoir faire une super mise en page.  On verra !

 

23:15 Publié dans Voyages | Lien permanent | Commentaires (0)

Voyages : Première rencontre avec le Sud, cet otro mundo

Vers 12 ans, j’ai su qu’un jour j’irais faire un stage dans un pays "en développement" comme on les appelle si mal. Mon père préparait ses premiers stages avec ses étudiants du Programme SENS au Cégep de Saint-Laurent, d’abord en Haïti puis au Pérou et en Équateur, et cela m’a paru une évidence : moi aussi, j’irais voir comment les gens vivent, ailleurs.  J’étais déjà allée en Europe et aux États-Unis et souhaitais y retourner, mais je sentais instinctivement qu’aller dans le Tiers-Monde (pourtant habité par les deux-tiers, voire les trois-quart de l’humanité !) constituerait une étape différente.  Comprenais-je déjà que le Sri Lanka, dont j’entendais parler depuis mes 4 ans grâce à Mahinda, la Jamaïque, où ma mère était allée, étaient des pays dits « du Sud » ?  Je le devinais…

 

Après des voyages en Grèce (c’est encore l’Europe), en Martinique (c’est un département français) et en Europe occidentale, ça y est : à 19 ans, en 1993, je me prépare à partir pour la Bolivie. C’est un rêve que je caresse depuis si longtemps  - et depuis un an, j’étudie les questions dans des cours spécifiques de géographie, d’histoire, d’économie et de sciences politiques, je suis donc un peu préparée, et je dévore les livres sur les Incas aussi, d’ailleurs - que j’ai peine à le croire.  Tout le monde autour de moi sait déjà que cette fois, ce sera autre chose.  Ma maman pleure à l’aéroport, elle qui m’a pourtant vue partir seule avec une amie en Europe trois ans auparavant !

 

Déjà, le périple aérien est imposant : Montréal – Boston - Miami (escale assez longue pour qu’on se fasse une réunion de groupe) – Caracas (petit arrêt pour se dégourdir les jambes) - Manaus (un arrêt en pleine nuit dans la jungle brésilienne pour remplir le réservoir je crois) – Santa Cruz, une des deux villes boliviennes à avoir un aéroport international, donc changement d’avion – Cochabamba !

 

Dès la sortie d’avion, je sens que je viens de pénétrer dans un autre monde.  Il y a une cohue pas possible; des mendiants se trouvent dans l’aéroport et tournent autour de nos gros sacs à dos high tech pour faire de la randonnée; en sortant du bâtiment, une vieille dame bolivienne en vêtements traditionnels andins nous interpelle; le prof hèle des taxis et on se retrouve à 5 par voiture avec nos sacs pêle- mêle dans le coffre ET entre le coffre et la lunette arrière, le tout attaché avec des cordes diverses. C’est ma première expérience du système D des pays du Sud !  Et hop, on se lance dans un trafic inimaginable !

 

Très vite, je découvre aussi que les inégalités Nord-Sud jouent en notre faveur, nous jeunes étudiants : le petit hôtel pas cher du tout (nous devions payer 5$/nuit, pas plus) où nous logerons pendant une semaine, quoique tout simple avec deux-trois lits par chambre, est doté d’une magnifique cour intérieure plein de fleurs (je réaliserai au cours de mes voyages qu’il en est ainsi partout en Amérique latine, même là où il fait un froid de canard, traditions espagnoles obligent !), et la gentille dame nous prépare des petits déjeuners délicieux avec café au lait et tartines.  Bon, OK, pour avoir de l’eau chaude dans les douches donnant sur le pallier il faut allumer un petit chauffe-eau électrique qui donne des chocs – ça aussi, c’est un incontournable des pays du Sud : flirter avec des risques que nos sociétés occidentales qui se vouent à la prévention n’autoriseraient jamais prendre ! – et les klaxons résonnent dès le lever du jour et donnent l’impression qu’une flotte de camions entre en trombe dans la chambre.  Mais vous savez quoi ?  JE M’EN FICHE !  Je dirais même que je suis charmée ! J

 

Nous allons au marché et en rapportons pour quelques sous des avocats gros comme des ballons de football qu’on arrose avec des limes fraîches. On se gave de mandarines, de mangues et d’ananas, de petits pains chauds et de poulets rôtis à la broche – les fameux pollos a la brasa.  Au marché, on enjambe des rigoles puantes, on évite les chiens errants, on se casse les oreilles à l’écoute de radios qui grichent à tue-tête ou de camions qui se promènent avec des porte-voix sur le toit – est-ce toujours le même homme latino à la voix enthousiaste qui fait la narration de toutes les pubs, du Mexique au Chili ?  J’ai tendance à le croire ! - on échange avec de vieilles dames charmantes et on s’étonne de voir partout des calendriers-pubs de bière avec des filles blondes à moitié nues – trouvez l’erreur !

 

Les mondes coloniaux et incas de chevauchent : on achète nos feuilles de coca à mâcher sous les arcades de places espagnoles toutes blanches et flanquées de palmiers, on goûte à la chicha, alcool de maïs fermenté et boisson sacrée, tout en pratiquant notre castillan. Cela fait deux jours que nous sommes arrivés; j’ai l’impression que cela fait deux mois.

 

J’écris, j’écris, j’écris.  Sur des petits feuillets lignés que je plie par groupe de 4-5 et que j’insère dans des enveloppes « Par Avion » aux couleurs de la Bolivie. Elles sont destinées à mon Jef chéri resté au camp de vacances ; je lui ai demandé de me les conserver pour qu’elles me servent en même temps de journal de voyage.  Vous aurez compris que nous sommes à l’ère pré-Internet, que les lettres prennent plusieurs semaines à se rendre et que le fait de téléphoner outre-mer non seulement coûte cher mais prend une demi-journée en transactions et attente !  Je parlerai à ma maman une seule fois, je crois, en 7 semaines !  Pour lui dire, entre autres : « Maman, il n’y a pas de planète Terre, il y en a deux.  Jusqu’à présent, je n’en avais connu qu’une.  Maintenant, j’apprends à découvrir l’autre, celle où vit la grande majorité de la population humaine, une terre de misère mais surtout de débrouille, d’injustices mais aussi de joie de vivre ! »

 

 

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