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Cultures : Les cerfs-volants des enfants de la Résistance

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Il y a parfois des livres qui viennent à notre rencontre.  Il en va ainsi des Cerfs-volants de Romain Gary et des Enfants de la Liberté de Marc Lévy, deux romans qui se sont présentés à moi cet hiver (2008) par des détours heureux. Est-ce parce qu’ils ont senti ma fibre de résistante qui ne demandait qu’à vibrer une fois de plus aux côtés de jeunes héros prêts à tout pour résister à la Barbarie  ?  

À la fin janvier 2008, je découvre que je suis synesthète, grâce au commentaire d’une lectrice de mon blogue (merci pimpim !).  Je raconte ma découverte à la gang du Noctuart, en soulignant les parallèles que je perçois entre ma  faculté de voir le temps et ma mémoire éléphantesque.  Une de nos deux super altos me dit alors : « ah oui ?  Tu as une mémoire historique, comme les Fleury dans Les Cerfs-volants de Romain Gary ? »  Une mémoire historique ?  Romain Gary ?  Il n’en fallait pas plus pour que je lise ce roman !

Quelques semaines plus tard, je passe par le métro Mont-Royal et décide de tenter ma chance au magasin de livres usagés l’Échange. Qui sait si je ne dénicherai pas un bon bouquin… Je vois la couverture de ce best-seller de Lévy et me dis : pourquoi pas ?  On dirait q’il me fait de l’œil, ce livre !  Étrange, car j’ai lu des critiques, j’ai vu le livre moult fois sur les tablettes, et jamais auparavant je n’avais eu envie de le lire.  Cette fois-ci, c’est différent.

Dans les deux romans, des jeunes ados (qui n’ont d’adolescents que l’âge, en fait !) se joignent à Résistance. 

Dans les Cerfs-volants, Ludo raconte d’abord longuement et pour notre plus grand bonheur sa vie en Normandie avec son oncle un peu fêlé, qui fabrique des cerfs-volants surprenants - une des meilleurs idées romanesques que j’aie rencontrées dans ma vie –, et avec  son voisin qui tient le meilleur resto de France, le Clos-joli (je me demande depuis si ce resto existe vraiment ?!). Il raconte ensuite son coup de foudre pour une jolie polonaise, et j’ai eu le temps de me demander s’il ne s’agissait pas de relents de l’espèce d’adulation naïve à la limite de la misogynie de Boris Vian, dont les héros tombent amoureux de filles dont ils n’ont aperçu qu’un mollet… Mais bon, je m’égare.  Tout ça pour dire qu’on sait dès le début que ces années bénies seront suivies des sombres années d’occupation allemande où de jeunes fermiers sont fusillés au détour d’un chemin de gravier pour avoir porté des messages à la Résistance.  J ’allais vous raconter la suite, mais le livre est trop bon, je ne peux pas lui faire ça. 

Dans Les Enfants de la Liberté, Marc Lévy rend hommage à son papa et à tous ces jeunes immigrés qui n’ont pas hésité à entrer dans l’anonymat, à faire exploser des locomotives chauffées à blanc, à risquer leur vie chaque jour, pour la France.  Première fois que j’entends parler de jeunes résistants étrangers qui baragouinent parfois à peine le français !  Et vlan dans les dents pour l’extrême-droite !  Chaque action menée par ces jeunes est dure à lire, dure à imaginer.  Et leur calvaire ne fait que commencer.  Heureusement qu’on leur rend ainsi hommage !  C’est un roman attendrissant et profondément humain.

J’avais 13 ans quand j’ai vraiment été confrontée à la Deuxième guerre mondiale, l’occupation allemande, la Résistance et la Shoah (en fait, plus petite, j’avais bien vu un extrait du film Au nom de tous les miens, mais je n’avais pas les clés pour comprendre.  J’étais horrifiée ET sans ressources pour m’y retrouver).  C’est en lisant Anne Frank que j’ai d’abord été happée par cette Histoire.  Depuis, je ne m’en remets pas.  C’était pire, adolescente ; la nuit mes cauchemars se déroulaient à Treblinka, Dachau ou Sobibor.

Je ne saurai peut-être jamais pourquoi cette période de l’histoire m’interpelle autant : quand j’entends une sirène, je cherche l’abri ; les bruits de bottes me glacent le sang ; mon cœur se serre parfois quand je vois un train au loin dans la campagne ; je ne supporte pas les mots Arbeit ni schnell, en allemand. Une de mes seules hypothèses repose sur la réincarnation, et je n’en sais vraiment trop rien. Ce que je sais, c’est que je me sens résistante. Indignée et résistante.  Je me permets de dire cela parce que Lucie Aubrac, une résistante célèbre, répète aux jeunes qu’elle rencontre : « si vous avez  déjà dit « c’est injuste », c’est que vous êtes résistant ! ».  Petite, j’étais bien trop bouleversée par les Résistants de l’émission de télé V - Les Visiteurs (ne riez pas !  Je sentais l’urgence d’agir… ce n’était qu’une mauvaise fiction, mais moi je sentais que c’était crucial).  Jeune adulte, on m’a fait découvrir les trois premiers Star Wars (épisodes 4, 5 et 6) et j’ai ressenti la même chose pour les Rebelles.  Voilà.  C’est comme cela.  Et devant les nouvelles de la crise alimentaire actuelle dans le monde, mon cœur bondit de nouveau dans ma poitrine.  C’est injuste.  C’est barbare.  Indignons-nous ! Résistons !

P.S. Dire qu’un autre roman qui m’a happée, en janvier 2006 cette fois, c’est Les Cerfs-volants de Kaboul...

P.P.S. Sur la photo, mon chum et mon fils jouent au cerf-volant.  Je leur souhaite de toute mon âme qu’ils ne connaissent jamais la guerre et sa barbarie.