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Causes : La stérile compétition “ local vs international »

L’autre jour, il y a eu une discussion un peu corsée sous un de mes statuts Facebook. J’ai alors écrit le billet ci-dessous, et depuis, je le laissais reposer un peu. Jusqu’à ce que je lise une lettre d’opinion dans le Devoir d’hier où un lecteur affirme qu’il est dérangé par le fait que Michèle Dionne ait réalisé un livre de photographies sur « la misère des autres » alors qu’elle aurait pu le faire chez les autochtones d’ici. 

En plein le genre de situation dont je parle dans le texte.  Alors aujourd’hui, je le publie, ce billet !

***

Imaginons les situations suivantes.

A) Vous êtes invité à participer à un “focus group” sur les mesures que l'on devrait prendre pour lutter contre la pauvreté au Québec.  Les idées fusent. 

Jusqu'à ce que quelqu'un lance, avec un petit rire impatient, qu'il faudrait prioriser la lutte envers la misère dans les pays du Sud !  Y'a pas juste de la pauvreté ici, franchement !

B) Une célébrité québécoise accepte d'arborer le symbole d'un organisme de charité québécois. Elle s'entend au préalable avec l'organisme :

Pas question que les profits aillent à un projet au Québec !  Tous les dons doivent aller à l'international !

Pas très réalistes, ces saynètes, n'est-ce pas ?  Personnellement, je n'ai JAMAIS été témoin de ce genre de réaction anti-locale/pro-internationale. Et je ne réagis pas non plus ainsi quand quelqu'un me parle d'engagement local.

Par contre, j'ai observé des centaines de fois les réactions inverses.  En fait, les situations A et B sont, une fois inversées, réelles; interchangez les mots local et international et vous obtiendrez des événements qui se sont réellement produits !

Si vous étiez mal à l'aise avec les situations imaginaires (je n'en doute pas), l'êtes-vous autant pour les réelles ? 

Moi, elles me mettent autant mal à l'aise.  Vraiment.  Je ne comprends juste pas pourquoi dès que l'on aborde le sujet de la solidarité internationale – avec les exceptions notables du tremblement de Terre en Haïti ou du tsunami au Sri Lanka, mais même pas des inondations au Pakistan, et encore moins de la pauvreté quotidienne de milliards de personnes – quelqu'un rétorque que franchement, il y a assez de problèmes ici.

En quoi est-ce que les causes locales et internationales devraient-elles s'opposer ?  En quoi le fait d'appuyer une cause internationale devrait-il dire qu'on tourne le dos au local ?  Pourquoi toujours opposer les causes alors qu'elles se complètent ?

Depuis quelques années, mes antennes sont bien déployées pour détecter ces situations, car après une, deux, trois fois, je me suis demandé s'il n'y avait pas un courant de pensée au Québec qui pourrait se résumer ainsi :

- Au premier degré : Il y a assez de problèmes ici que je ne veux pas donner ailleurs.

- Au deuxième degré – c'est parfois affirmé clairement : on ne sait pas si l'argent va se rendre, je n'ai pas confiance en ces organismes, donc je ne donne plus à l'international.

- Au troisième degré (là, on entre dans la sphère des impressions; les discours sont très proches de ces mots mais bien sûr sans les nommer; peut-être que je suis dans le champ, après tout ?!) : Je vais prioriser vers les personnes près de moi géographiquement. Plus les gens sont loin (pensons au Pakistan), moins je me sens solidaire.

Or depuis que mes antennes se sont déployées, c'est par DIZAINES que j'observe ce genre de réactions.  Je persiste et signe : il y a un courant de pensée au Québec, dominant, qui dénigre l'engagement à l'international.  Au même moment où des causes locales sont à l'avant-plan dans les médias.  Cette réaction d'indignation envers les causes internationales, comme si ces causes-là faisaient de l'ombre aux locales, ne résiste pourtant pas à l'épreuve de ce chiffre : sur 100% des dons faits en une année par les Canadiens, 1% seulement va à des causes internationales !

Mon problème à moi (!), c'est que mon sentiment de solidarité ne se décline pas en termes géographiques.  Des milliers d'enfants qui subissent le viol systématique en RDC, ça me fait capoter.  D'autres milliers qui meurent uniquement parce qu'ils n'ont pas accès à de l'eau potable : idem. L'alarmant taux de mortalité chez les femmes enceintes et lors de l'accouchement me fait frémir.  Etc. Etc. Etc. Même si c'est loin.  Et même si c'est loin, j'ai envie d'appuyer des organismes qui s'impliquent en lien avec ces causes...  Étonnant ?!

Attention, j'entends déjà mes détracteurs me reprocher de ne pas me sentir solidaire des causes d'ici.  C'est tellement malhonnête !  Qui achète avec enthousiasme l'Itinéraire depuis ses débuts ?  Qui donne aux diverses Fondations contre le cancer ?  Qui achète une saison complète de légumes locaux et bios des semaines avant qu'ils ne soient même cueillis pour encourager des petits producteurs de la Montérégie ?  Qui encourage les entreprises d'économie sociale du Québec chaque fois que c'est possible et même plus ? Qui ?  Eh bien, la fille bio équitable fatigante...

Je ne suis pas la seule “internationaleuse” qui s'implique localement.  Le cofondateur de l'organisme pour lequel je travaille est impliqué depuis toujours dans des tables de concertation de son quartier – très défavorisé - de Montréal et il a été candidat pour Projet Montréal. Il n'y a pourtant pas plus internationaleux que lui !  Eh oui !

Bon, je pourrais poursuivre avec le fait que les problèmes locaux se répercutent à l'international et que nous subissons ici les contrecoups des problèmes d'ailleurs. Je pourrais écrire un billet complet sur cette complémentarité des enjeux ET des actions engagées (et vous dire que mon sentiment personnel va plus loin : quand bien même les causes internationales n'auraient AUCUN impact ici pour les mille prochaines années, je me sentirais interpellée quand même ! Eh oui !)  Je pourrais aussi expliciter une autre façon neuve et bien à moi de voir et nommer les choses : à l’international aussi, les causes sont locales !  Elles sont vécues par des communautés, dans des villages, des quartiers !  Le local est partout… ici et ailleurs !

Mais je vais m'arrêter bientôt.

Maintenant que vous avez lu ce billet, ouvrez vos oreilles autour de vous, dans les médias. Et dites-moi si je rêve ou si j'ai bel et bien observé cette tendance.

***

C'est dur, oser nommer quelque chose à contrecourant d'une pensée dominante.  Surtout quand on s'y prend mal comme moi l’autre jour sur Facebook (mais pourquoi diantre est-ce que je ne pose pas des questions dans ces situations, au lieu de me lancer dans une diatribe ? Pourquoi ?).  Mais c'est plus fort que moi; je ne peux me taire quand j'observe quelque chose qui me heurte.

Et je veux dénoncer ce qui m'apparaît être une “compétition” malsaine entre les causes locales et internationales. Le monde n'a surtout pas besoin de ça !

 

Commentaires

Tellement, tellement vrai! Merci pour ce billet, que je partage sur-le-champs!

Écrit par : Marie-Julie | 22/10/2010

Oui, le local est partout ! Oui, soutenir sa communauté, mais donner la chance aussi à d'autres pays moins favorisés d'avoir des moyens pour le faire aussi !

Écrit par : Renée-Claude | 22/10/2010

Marie

Yvon Deschamps a fait un monologue sur ce sujet dans les années 1970. Même affaire. On ne s'en sort pas.

Écrit par : tarzile | 24/10/2010

Merci MarieJu !

Renée-Claude, c'est tellement ça !

Tarzile, là tu me fais plaisir ! J'admire depuis toujours Yvon Deschamps ! J'ai tous ses monologues chez moi... À mon retour de l'Inde (je pars demain !) je cherche ça ! Te rappelles-tu du titre ?

Écrit par : Marie l'urbaine | 24/10/2010

Non, je ne me souviens pas. Je me souviens des répliques, mais pas du titre.

Écrit par : tarzile | 22/01/2011

Je feuillette Tout Deschamps, je scrute la table des matières, mais je ne trouve pas...

:)

Écrit par : Marie l'urbaine | 22/01/2011