Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Parentitude : Enfance et existence

children_of_men_ver3.jpgLondres, 2027. Tous les yeux sont rivés sur les écrans de télévision : le plus jeune humain vivant sur Terre, un Argentin de 18 ans, vient de mourir. C’est la commotion. Dans les rues, depuis des années, ce n’est que violence et chaos - depuis qu’il n’y a plus de bébés qui naissent dans le monde...

Voici la prémisse d’un film choc exceptionnel, Children of men (2006). Je remercie le gars de la Boîte noire qui, un soir, me l’a recommandé, disant ne pas comprendre que ce chef-d’oeuvre ne soit pas plus connu, plus apprécié – qu’il ne soit pas le succès qu’il devrait être – fracassant ! (Et quel réalisateur génial, cet Alfonso Cuarón, lui qui nous a entre autres donné la plus belle lecture d’un Harry Potter à l’écran avec The Prisoner of Azkaban !

Pas question que je vous raconte l’histoire de Children of men ; allez plutôt le visionner et revenir ici me dire ce que vous en avez pensé ! :)

Ce film répond en images à toutes ces polémiques à propos de l’enfance qui font rage dans les médias. Voici un aperçu de ce que j’ai découvert ces dernières années dans mes pérégrinations médiatiques :

« Devrait-on interdire les enfants dans l’avion ? »;

« Pourquoi fait-on des enfants ? » dans La Presse;

« Est-ce à l'État de payer pour la fécondation in vitro ? », question vite transformée en « Avoir des enfants est-il un droit ? » à Il va y avoir du sport le 16 novembre 2007).

Remarquez d’ailleurs le cynisme qui émane de ces questions. Comme si l’humanité pouvait se passer de l’enfantement ! Orlan, à Tout le monde en parle le 4 avril 2010, m’a donné froid dans le dos. Tout comme le docteur de l’émission Une pilule, une p’tite granule qui, à Il va y avoir du sport, affirmait qu’il était bien heureux d’avoir des enfants mais qu’il aurait tout aussi bien pu s’en passer ! (Attention, je ne critique pas les personnes qui choisissent de ne pas avoir d’enfant – tant mieux si, aujourd’hui, c’est un choix ! Mais il y a un monde entre ce choix et le fait d’associer les enfants à un simple loisir auquel certaines personnes s’adonneraient !!! Non mais !)

Je suis tombée sur une magnifique réponse de la journaliste Marie-Claude Lortie à ces polémiques : avoir des enfants, « c’est exister, tout simplement. ». Wow ! Elle fait d’ailleurs écho dans cette chronique à une entrevue avec Julie Snyder à Christiane Charrette qui m’avait aussi bouleversée. Comme quoi, écrit Lortie, « Oubliez toutes les bêtises qui ont été écrites ces dernières années pour dire que les femmes voulaient des enfants, car c'est actuellement à la mode parmi les stars ou leurs voisines. Oubliez la pression sociale, oubliez la tradition, oubliez même le supposé trop-plein d'amour à donner... Vouloir un enfant est un besoin inexplicable qui ressemble au besoin de l'humanité d'aller sur la Lune. Pourquoi? Parce que c'est là, puissant et incontournable.”

Et non seulement l’être humain ressent pour lui-même ce besoin d’enfanter, mais celui-ci, en présence d’un enfant, est bouleversé et perd parfois même toute retenue et toute inhibition, comme si l’enfance allait chercher chez lui une part d’humanité bien spéciale. Les jeunes mamans en ont peut-être marre de se faire accoster par des quidams dans la rue quand elles promènent leur bébé, mais il reste que la réaction de ces gens révèle à quel point l’enfance interpelle une fibre humaine très sensible chez des hommes, des femmes, des vieux, des jeunes, des pauvres, des riches. On se retrouve humain, tout simplement humain, à la vue d’un petit de notre espèce… Parce qu’il nous rappelle notre propre enfance ? Parce qu’il symbolise l’innocence ? Notre avenir ? Notre survie ? Tout cela à la fois ? Quel sens pourrions-nous donner à la vie si plus aucun humain ne venait au monde sur Terre, comme dans le film Children of men ?

(Une ses scènes finales du film est éloquente à l’égard de cette fibre gaga enfouie profondément en chacun de nous. Les mots clé pour ceux et celles qui verront le film : soldats et pleurs…)

Je terminerai avec une anecdote qui m’avait réconfortée après le débat à Il va y avoir du sport : Biz, des Loco Locass, était invité à le commenter. En substance, il expliqua que c’était paradoxal qu’on ne reconnaisse pas le droit d’avoir des enfants alors que le droit à l’avortement, lui, est reconnu. J’ai trouvé que c’était une remarque très juste, à l’opposé du cynisme dont je parlais plus haut – et pas du tout pro-vie, attention – et la réaction de Marie-France Bazzo fut typique des femmes de sa génération (excusez ma généralisation, tout à fait injuste !!!) : elle sursauta, soulignant que le droit à l’avortement était reconnu par la Cour suprême (comme s'il avait remis en question ce droit ...  alors qu'il n'en était rien !) ! Il rétorqua que c’était bien, mais que le droit d’avoir des enfants devrait en conséquence l’être aussi (ce sont mes mots, selon ce dont je me souviens !), non ?!

Dans quelle société cynique vivons-nous si on a le droit de se faire avorter gratuitement (d’accord) mais pas d’avoir un coup de pouce gratuit de la médecine si on a de la difficulté à procréer ?!

En tous cas, moi, j’ai bien envie de célébrer mon humanité en allant voir le film Bébé(s) qui sort prochainement… avec mon bébé ! Pis que j’en voye un qui se plaint de la présence de mon poupon dans la salle de projection ! :)

N.B. J'écris cette boutade parce que les mamans allaitantes n’ont pas le droit d’accompagner un enfant plus grand à la Maison théâtre, pas plus qu’à une activité familiale du dimanche matin à l’Écomuseum. Eh non !

P.S. Il y a tellement de polémiques concernant ce grand sujet qu’en rédigeant ce billet j’ai volontairement omis de nommer toutes les questions sur la maternité en tant que telle (les livres écrits par ces femmes qui ne veulent pas d’enfant, par celles qui questionnent les nouvelles « modes » de la maternité – telle, l’allaitement et le congé parental d’un an -, par celles qui revendiquent au contraire le besoin d’être maman à temps plein, etc., abondent, littéralement ! Je ne les nommerai pas ici, ça mérite un autre billet, au minimum !), et celles qui englobent la parentalité, comme le rôle des pères et la concilation travail-famille. Ce n’est pas pour rien que le blogue de Mamamiiia est aussi riche, dense, touffu ! Bravo à Christine, en passant ! :)