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Parentitude : Les lubies d’une synesthète qui essaie de faire un bébé

Savez-vous ce qui se passe dans ma tête quand je suis dans une période de ma vie où je souhaite de tout cœur avoir un bébé ?

(Ce qui n’est pas le cas dans l’immédiat, car je viens de faire une fausse couche - le 26 janvier 2008 - et que je compte attendre plusieurs mois, question de me remettre.)

Lubie no 1 (et ses dérivés) : des chiffres et des dates

Dès que j’ai mes règles, je calcule les jours pour savoir quand faire le test de grossesse la prochaine fois mais surtout pour savoir déjà quand j’accoucherais. Parce que la date, tout le monde le sait, c’est ultra important (et non, je me crois pas du tout à l’astrologie, ni à la numérologie) !  

D’abord, pas question d’accoucher en décembre, janvier ou février : nous sommes si sollicités ces 3 mois-là, avec un party de Noël ou un anniversaire tous les 2 jours pendant 90 jours, que je ne vois pas où nous trouverions l’énergie – ou tout simplement une heure de libre ! - pour organiser une fête d’enfant. 

La date, importante ?  Ben quoi, mon fils est né le jour de la Terre (je l’avais prédit pendant toute la grossesse !), le 2e ne pourra tout de même pas naître le jour de la prostate ou des Zones Humides, si ?! J  J’ai découvert l’outil absolument indispensable en la matière : le site des journées mondiales. J’ai déjà mes dates fétiches : le 22 mars (après l’enfant de la Terre, l’enfant de l’eau !), le 1er mai (après le bébé écologiste, le bébé syndicaliste !), le 21 juin (... un enfant du soleil ?)...  Si j’avais accouché fin août 2008 comme prévu, ça aurait été, bien sûr, le 23 août, date de l’abolition de la traite des esclaves, voyons !  Un enfant de la liberté ?  Je le souhaitais !  On est une fille à concepts ou on ne l’est pas !

D’ailleurs, je suis hyper consciente de l’aspect temporel de la grossesse.  Je sais exactement à quelle semaine de sa grossesse est rendue ma collègue, à quel trimestre, ainsi que l’écart exact de l’âge qu’auront ces deux enfants... mieux qu’elle, je crois.  Je la reprends au besoin.  Oups !  

... Plein d’autres chiffres inondent mes pensées.  La moyenne occidentale du nombre de mois d’essais pour qu’il y ait fécondation est de 10 mois.  Une grossesse dure 40 semaines dont 2 où l’on n’est pas enceinte, dans le fond.  Les premières 14 semaines sont risquées.  1 grossesse sur 4 s’arrête au premier trimestre.  L’écart idéal entre deux enfants est de 2. 3. 4. 5. 6 ans (toutes les théories existent sur ce dernier point... et leur contraire !)  Etc. Etc !

Lubie no 2 (et ses dérivés) : des phonèmes et des lettres  

Suis-je vraiment en train de me lancer dans la description des critères pour choisir un prénom, critères que nous ressassons pendant les essais, pendant les grossesses, et entre tout ceci ?  Ayoye !!!

Critère no 1 : pas trop d’occurrences.  En d’autres mots, si je connais deux, voire même un seul enfant qui porte ce prénom... j’hésite.  Ça commence simplement, hein ?

Critère no 2 : tolérance (presque) zéro pour certains phonèmes. Exit les d ou t devant u ou i qui, au Québec, deviennent dz ou ts (ces chères affrications, que je prononce sans honte ni gêne, mais qui m’agressent l’oreille dans un prénom).  Surtout pas de chr ou gr.  Le moins possible de percussives (p, t, k, b, d, g)...  Pas trop de terminaisons en ite ou ine.  Et pourtant, je trouve absolument charmants certains prénoms qui comportent tous les phonèmes que je viens d’énumérer !

Critère no 3 : la symétrie avec les autres prénoms des enfants de la famille.  Disons que Éric et Gwendoline, je trouve que ça jure un peu !

Critère no 4 : pas de prénoms composés.  Parce que.  Ché pas !

Critère no 5 : j’aime bien les prénoms de trois syllabes, pas une, pas moins.  C’est comme ça !

Critères no 6 et no 7 : pas de prénoms inventés ni de prénoms anglophones portés presqu’ exclusivement par des francophones !  (pour démêler ce que je viens de dire... j’adore James, mais Steve, Brandon et Kevin, pas cap’ !)

Critères no 8 et no 9 : préférence pour les vieux prénoms de la francophonie.   

Critère no 10 : j’accorde une certaine importance au sens du prénom ou à un personnage célèbre qui aurait porté celui-ci.

Critère no 11 : je me plie aux diktats culturels. Séraphin et Aurore sont de magnifiques prénoms, mais je ne suis pas sadique, quand même !  (Pour les Français qui liraient ceci, sachez que Séraphin est un personnage détesté – le mot est faible – honni, devrais-je dire, de la littérature, de la télévision et du cinéma québécois car il a laissé crever sa femme par avarice; Aurore a vraiment existé et est morte des sévices abominables infligés par sa belle-mère.  Bref, ce sont des personnages qui ont marqué au fer l’imaginaire collectif des Québécois !)  

***

J’avais déjà prévu, depuis longtemps, vous parler de ces lubies – les miennes, assumons ! - de femme qui essaie de faire un bébé.  Je me disais que j’allais écrire : « encore une fois, je suis fuckée » (pour faire suite à l’intro de la catégorie Causes, toujours! J )

Mais voilà, je vois ces lubies d’un autre jour depuis que j’ai découvert que j’étais synesthète.  Oui, oui ! 

Je ne vais pas décrire en détail ce phénomène, sinon pour dire que nous sommes une minorité (1/200 environ) à associer les sens et/ou les concepts aux sensations, de manière irrépressible, et flagrante. Ainsi certains voient les lettres ou les chiffres en couleur, certains autres goûtent les sons et la musique; moi je vois le temps (voir le point 6 de cette note ainsi que les commentaires qui la suivent) !!!

Le rapport entre ce « don » (je préfère ce terme au « trouble » du Robert 1 !  Pff, quand même !) et mes essais bébé ?...  

Mon obsession des dates et ma conscience aiguë du temps. Ma mémoire phénoménale.  Mon hypersensibilité aux phonèmes et à la graphie des mots.  Je ne peux m’empêcher d’expliquer ceci par cela.  Ça me rassure, peut-être !

De toutes façons, qu’on me traite de négative (ça m’arrive tout le temps), qu’on me dise de relaxer et de cesser de vouloir tout contrôler (avec son corollaire : « tu ne tomberas pas enceinte si tu y penses trop » – haha, faux 2/2), qu’on me regarde avec ahurissement quand j’ose me raconter, tant pis, car moi...  je m’amuse follement !