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Léonard : Une bête de scène (sur la sienne et la nôtre !), une âme de metteur en scène

Acte 1, scène 1  

Marielle scrute les coulisses1.JPGNous revenons d’une pratique de chorale.  Ma mère nous attend, excitée comme une puce, dans le salon.  Elle se met à nous raconter que son petit prince qui fait maintenant dodo – notre Pitou, en d’autres termes – a démontré des talents de comédien exceptionnels lors d’un petit spectacle à la garderie auquel nous n’avons malheureusement pas pu assister.  Elle insiste : l’assistance était pâmée !!!  Rien de moins ! (Sur la photo, ma mère scrute les coulisses !)

Léonard chante_coupé.jpgBon.  Je sais bien que notre fils est particulièrement expressif, qu’il aime manipuler les marionnettes, raconter des histoires, pousser la chansonnette (il y a deux nuits de cela, il voulait chanter La Ferme à Mathurin à 4h du mat’ pour se rendormir.. pfff !  Essayez de l’interpréter comme une berceuse, cette toune-là ! J)  Mais de là à ce que les autres parents de la garderie soient tombés sous son charme, c’est un peu fort !  Décidément, ma mère ne voit plus clair lorsqu’il est question de son petit-fils !

Acte 1, scène 2

DSCN2819.jpgLa semaine suivante, la garderie présente un deuxième spectacle, celui de danse et musique.  Cette fois, nous pouvons y assister, ainsi que le chum de ma mère, le Siya de Léonard.  On s’installe.  Les parents sont tous armés d’appareils photos et de caméras pour immortaliser le tout. Certains s’approchent et viennent me dire que mon petit brillait de tous ses feux, la semaine derrière.

!!!!!!!!!!  Ma maman m’avait-elle fait un compte-rendu ob-jec-tif ??????????

Léonard_singe_coupé2.jpgLes enfants entrent en scène.  Les chansons se succèdent, les chorégraphies aussi.  Léonard fait en effet partie des enfants les moins gênés. Tout à coup, la musique commande de faire le chat. Waaaah !  Léonard part en transe ! Il griffe l’air, déforme son visage et mugit !  C’est vraiment tout un numéro !  Les parents nous lancent des regards de connivence, amusés.

Acte 1, scène 3

Dans les jours qui suivent, nous en avons appris de bien bonnes.  Ma mère avait en effet omis de me compter que, lors du premier spectacle, mon fils avait eu tout un sens du punch : alors qu’ils devaient tous mimer la préparation d’une recette, et qu’on leur demandait ce que ça sentait – certains auraient répondu « du spaghetti » - Léonard, lui, a pris son temps, regardé l’assistance par en-dessous... puis a lancé avec assurance : « du CACA ! » !  Sans commentaire !

Léonard_penseur_coupé.jpgQuand nous croisons des parents sur le trottoir, nous avons droit à des compliments sur le sens du spectacle de notre fils.  Chaque fois, je suis heureuse mais aussi mal à l’aise : les autres enfants ont participé au spectacle, eux aussi, et ils étaient tous plus craquants les uns que les autres !  Mais bon.  Pourquoi ne pas accepter que Léonard soit une bête de scène ?

Acte 2, scène 1

Quelques jours plus tard, le NoctuArt offre une prestation dans le cadre de la Journée des musées montréalais en la Chapelle Notre-Dame -de-Bonsecours.  Il se trouve que notre concert annuel aura lieu la semaine qui suit dans le même endroit. Cette prestation nous paraît sympathique : les visiteurs vont aller et venir, visitant plus d’un musée; nous pourrons interpréter notre répertoire en ce lieu magique devant public, dans un cadre un tout peu moins formel qu’un concert, juste avant le concert.  Parfait !

D’un point de vue parental, nous faisons face à un dilemme.  Avec les pratiques hebdomadaires, la générale et deux prestations en 8 jours, nous avons peine à trouver des gardiennes. Ma mère ne pourra assister au concert de la semaine suivante.  Elle se dévoue toute l’année pour garder le petit pendant nos pratiques; ce serait chouette qu’elle puisse assister à ce concert-ci et ce serait chouette, aussi, de tenter la chose avec Léonard.  Nous mettons donc en place un plan A et un plan B.  Plan A : poussette, livres, toutous, collation, rafraîchissement et grand-maman seront sur place pour maximiser les chances de réussite.  Plan B : le siège d’auto est prêt dans la voiture de ma mère, garée tout près.

C’était sans compter sur l’instinct de Léonard, qui l’a poussé sur scène, le nez dans nos jupes et nos pantalons !  Entre deux pièces, nous avons tenté à deux reprises de le ramener dans l’audience, auprès de ma mère... En vain.  J’ai chuchoté à Jef : « Qu’est-ce qu’on fait ? », mais il n’a pas compris, tout absorbé par ses doubles rôles de choriste et de responsable de la direction de la moitié des pièces.  Je n’ai pas osé interrompre le concert pour régler la situation sans savoir si cela serait bruyant compliqué, long, etc.  Nous ne sommes que huit sur scène, ne l’oublions pas !  Je n’ai donc jamais été aussi concentrée de toute ma vie : j’ai « focussé » sur les pièces, de tout mon cœur et mon esprit !

C’était sans compter sur la sensibilité de ma mère, qui a tenté de sortir de l’église avec le petit et n’a pas pu supporter sa crise de larmes – il sanglotait et hurlait de peine, voulant « chanter avec papa et maman ».  

Nous avions donc omis de développer un plan C ! Dur, dur la vie de parents. Un plan A et un plan B, il semble bien que c’est parfois insuffisant...

Acte 2, scène 2

Après la prestation, une responsable du musée est allée prévenir un des deux membres du comité logistique du chœur : elle avait reçu plusieurs plaintes du public concernant un petit garçon resté sur scène pendant le concert.  Ma mère, elle, affirme que les gens autour d’elle semblaient attendris par la situation. N’empêche, il a pu y avoir bien des plaintes -  de plusieurs personnes d’un même groupe, comme je l’ai déjà vécu par le passé, dans un autre contexte qui n’implique pas d’enfant mais des spectateurs qui faisaient des commentaires à voix haute ! - ou de plaintes de plusieurs personnes tout court.  Je suis désolée pour la responsable; ce doit être pénible de recevoir des plaintes après avoir travaillé fort pour accueillir du public dans un événement de cette envergure. Pendant le spectacle, j’ai cependant eu surtout beaucoup d’inquiétude pour mes amis choristes, dont Léonard n’était pas l’enfant et qui ont dû chanter en des circonstances stressantes.

Mais je suis désolée de ne pas être trop désolée pour le public.  Les gens entraient et sortaient entre deux pièces pour attraper la navette qui les transportaient d’un musée à l’autre; la chapelle était bondée de familles avec poussettes et jeunes enfants; il me semble que c’était un contexte suffisamment informel pour que l’on puisse « tolérer » la présence d’un enfant de 3 ans à l’avant.  Sans commentaire (bis) !

Note de la mère du metteur en scène

Léonard semble donc dans son élément, sur scène.  Mais comme me le faisait remarquer une collègue, il a aussi des tendances de metteur en scène.  Depuis quelques semaines,  il nous assigne des rôles : « Toi, tu fais le petit cochon, moi je fais le grand méchant loup. Toi... » Nous sommes au début de l’été et il prépare déjà l’Halloween : « Moi je serai un lion, toi Mamie, un girafe, toi maman une fleur, toi papa une feuille ! » (Il faut dire qu’il s’est inspiré d’un imprimé de pyjama où il manque cruellement de premiers rôles!) Je dois avouer que c’est à la fois un émerveillement de le voir ainsi développer sa créativité, son sens de la narration, sa fantaisie, mais aussi un peu inquiétant.  Il manque un peu de souplesse dans ses jeux : c’est comme il veut, lui, point final.  Nous faisons place à un autre dilemme de parents : encourager le développement de son imaginaire et du plaisir qu’il éprouve tout en lui inculquant un peu de souplesse dans l’interaction avec les autres. Sans commentaire ! (bis repetita !)

21:40 Publié dans Léonard | Lien permanent | Commentaires (4)