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Causes : Pérégrinations d’une bipède urbaine

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(Autres titres pressentis pour cette note : « Course à obstacles pour aller à la garderie », « J’habite près d’une autoroute » ou encore « Femme-sandwiche arborant le message Un char de moins sur son dos »...)

Il y a des lustres que je veux aborder ce sujet.  La parution du livre Mythe du Québec vert et ses résonances dans les médias ces jours-ci (l’auteur François Cardinal étant passé à Tout le monde en parle le dimanche 8 octobre 2007 puis à l’émission de René-Homier Roy du lendemain matin, entre autres...) me donne le prétexte d’attaquer la page blanche.  C’est vrai quoi : à l’ère des changements climatiques, de Kyoto, des données sur les effets désastreux de la pollution sur la santé publique, des publications d’Hubert Reeves sur les menaces qui pèsent sur l’avenir de l’espèce humaine sur Terre, on discute maintenant ouvertement de ce que chacun est prêt ou non à faire pour limiter les dégâts, de la possibilité d’appliquer le principe du pollueur payeur ou encore de récompenser ceux qui font des efforts.

Or, pour vous donner une idée de ce que je pense de la question des « transports » à Montréal plus spécifiquement, voici ce que j’avais dit lors d’une réunion du budget participatif de l’arrondissement Plateau-Mont-Royal au printemps 2006 :

« Je propose l’installation d’une banderole géante au pied du viaduc Rosemont-Van Horne qui accueillerait ainsi les automobilistes qui entrent en trombe dans le Mile End : Bienvenue dans une zone habitée par des êtres humains ! »

Vous l’aurez compris, j’en ai soupé que nous, simples citoyens élevant notre famille dans un quartier résidentiel, soyons pris en otage par un parc automobile sans cesse grandissant – qui roule toujours plus vite et même de façon agressive, avec les conséquences sur la qualité de l’air et la quiétude que l’on sait.  Non seulement nous sommes pris en otage, mais je ne peux concevoir que ce soit là tout ce qu’on récolte alors que nous faisons des choix cohérents et solidaires pour l’ensemble de la population.

Comment ça ? Eh bien, c’est qu’en effet ma famille a fait le CHOIX de vivre près du travail de chacun des conjoints (bon, nous avons de la chance, nos boulots se trouvent tous deux sur l’île de Montréal, quoique dans 2 quartiers éloignés l’un de l’autre).  Ma famille a fait le CHOIX de résider dans un milieu de vie à échelle humaine, oui oui ! - un quartier verdoyant où il fait bon vivre, où les enfants s’amusent dans la ruelle avant le souper, où la rue ferme pour des fêtes de famille de quartier, où se vit présentement un projet-pilote d’ « îlot de fraîcheur », etc.  Ma famille a aussi fait le CHOIX de privilégier le cocktail transport : marche, vélo, bus, métro, taxi, auto.  Et de se déplacer avec fiston à pied pour les déplacements de tous les jours (ça s'appelle, paraît-il, le transport actif !)...

Si cette vie me comble au quotidien, surtout si, au pied de l’escalier, je choisis de tourner à droite pour me promener dans le quartier qui se déploie vers le Sud et regorge de maisons patrimoniales, d’arbres centenaires, de parcs et de petits commerces plein de charme – sans compter tous les chats ! -, il n’en reste pas moins que, à gauche, se trouve une « avenue » transformée en autoroute aux heures de pointe.  Sherbrooke ?  Papineau ?  Rien de tel.  Van Horne. Des dizaines et des dizaines de voitures à la queue leu leu, sur des centaines de mètres, passent au coin de chez moi matin et soir.  Et devinez quoi ?  La garderie de mon fils se trouve à 6 rues de notre petit nid, sur l’axe est-ouest formé par Van Horne.  « Avenue » que j’emprunte tous les matins, quoi.  D’où mes pérégrinations...

Voici donc mes aventures de bipèdes, le temps de franchir ce petit kilomètre matin après matin :

·         À pied :

- Été comme hiver, je « croise » des voitures en sens inverse qui s’avancent en plein milieu du croisement ou du trottoir (si elles surgissent d’une ruelle).  Elles m’empêchent de traverser (les passages cloutés ?  Connais pas !), le chauffeur gardant obstinément le visage tourné vers le sens du trafic (opposé à moi) et qui me tourne le dos – impossible d'établir un contact visuel pour pouvoir ensuite circuler sécuritairement. Coudonc, nous les piétons, on compte pour des prunes ?! Et ça, c’est sans compter les parents qui, le temps de mener leur enfant à la garderie, stationnent leur VUS (plus souvent qu’autrement) dans une entrée de garage juste avant la porte de la garderie, le derrière du monstre énergivore bien planté sur le trottoir – bref, je dois faire un détour dangereux dans la rue avec la poussette car la petite bande d’asphalte qui m’est normalement réservée ne m’est plus accessible... Ha oui, y’a aussi des camions stationnés sur toute la largeur du trottoir face à la station service coin du Parc.  Et par où devrais-je passer avec la poussette ?   

- L’hiver, en poussette ou en  traîneau, gare aux coins des rues où la charrue a poussé toute la neige pour laisser passer les voitures (je salive rien qu’à penser à une des propositions du parti Projet Montréal : déneigement des trottoirs avant les rues !  Priorité aux non polluants ! Oui oui !). Parfois, le degré de difficulté d’escalade est très élevé, la poussette ou le traîneau tenu à bout de bras avec le bébé dedans – alors imaginez quand on fait face à cette montagne artificielle à la sortie d’autobus, toujours en transportant le dit traîneau et le bébé ?!  Il ne manque qu’à apprendre à voler gracieusement par-dessus !

·         À vélo :

Je me bidonne chaque fois que je lis les écriteaux « Ne pas rouler sur les trottoirs »  Essayez de faire autrement sur Van Horne avec un bébé dans le siège à l’arrière du vélo : j’ai vécu en tentant de rouler dans la rue mes plus grands moments de frayeur, les camions me tassant comme si mon fils était invisible.  Fini, la garderie à vélo, en tous cas les matins de travail où l’on est pressés dans le temps.  Sur Van Horne en pleine heure de pointe, en tous cas, c’est suicidaire. Et quand on emprunte plutôt le trottoir, on se sent si délinquant...  On essaie pourtant juste de poser un geste positif...

·         Depuis la maison :

Dans le confort de mon appartement, aux heures de pointe, on entend désormais un grondement sourd, des klaxons. Moi je dis : et merde (oups !  C'est dit !)

Un participant d’une ligne ouverte recommandait lundi de laisser tomber le principe du pollueur-payeur pour plutôt offrir des récompenses aux gens qui se déplacent de façon plus verte : bref, il préconisait la carotte au lieu du bâton. Eh bien, voici les deux simples carottes dont je rêve : 1) des trottoirs déneigés/désencombrés de véhicules motorisés !!! et 2) une VÉRITABLE RECONNAISSANCE pour les bipèdes urbains de mon espèce qui contribuent, chaque jour, à la conservation de notre environnement, pour notre santé à tous, et l’avenir de nos enfants !!!

En attendant, j’ai remisé dans mon « tiroir à projets » celui de me confectionner une pancarte « un char de moins – pour l’avenir de nos enfants et notre santé à tous » que j’aurais installée à l’arrière du siège de bébé de vélo.  Je l’avoue, je crains trop la férocité de ceux qui m’ont déjà roulé sur un pied ou qui tout simplement expriment leur impatience devant une maman qui, le matin, marche un petit kilomètre en poussant innocemment une poussette sur le trottoir !!!

Conclusion ?  Étonnamment, je suis plus que jamais convaincue que j’ai fait les bons choix et que je vais persévérer : élever ma famille dans un quartier résidentiel de la ville, lui faire vivre une vie communautaire riche – une vie de bipèdes urbains...

N.B. : L’icône présentant un vélo provient du site d’Équiterre, à la page de la campagne Changer le monde un geste à la fois.

 

Voir aussi : Causes : Marie l’urbaine et les banlieusardises ; À L'est de la ligne orange, parcours nouveau