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Causes : Guerre d’hier, réflexion pour aujourd’hui et demain

Jef et moi venons de commencer à écouter la série historique Apocalypse, sur la Deuxième Guerre mondiale.

Un document exceptionnel, d’abord pour les images d’archives personnelles jamais montrées auparavant. De femmes éplorées sur des quais de train. D’agriculteurs fuyant avec leurs bêtes. D’enfants paniqués à l’idée de porter un masque pour se protéger d’éventuelles attaques au gaz. De « passants » tentant de traverser des rues ravagées par les tirs, les bombes, les incendies.

Des civils, comme vous et moi, dont la vie est complètement chambardée par la guerre.

Parce que c’est ça, la guerre, au-delà des chars, des avions, des stratégies, de l’armée. De simples personnes qui tentent de sauver leur peau et celles des leurs dans des conditions abjectes.

Essayez d’imaginer, un instant, votre maison, votre famille, vote environnement immédiat – ce qui vous entoure réellement au moment de lire ces lignes : oubliez les images en noir et blanc de l’Europe d’il y a 60 ans ! Je parle de VOTRE milieu de vie, là, maintenant, en couleurs ! – mais avec des bombes qui vous tombent dessus, des rues sous les tirs, des ponts détruits, vos enfants qui pleurent d’effroi, votre conjoint, vos parents pris à l’autre bout de la ville ou même dans une autre, et l’armée ennemie entre les deux. Et vous qui vous demandez en vous arrachant les cheveux ce que vous pouvez bien faire pour sauver ceux que vous aimez dans ce bourbier sans nom.

Je l’ai côtoyée dans ma vie, cette monstruosité qui a fait 50 millions de morts dont une majorité de civils. À 13 ans, j’ai lu le Journal d’Anne Frank. Cela m’a bouleversée comme à peu près rien depuis. Ensuite, pendant toute mon adolescence, j’ai vu des tas de filns et lu des dizaines de témoignages de la guerre. Dont beaucoup de textes racontant la Shoah. Je ne pouvais croire que tant d’hommes aient pu construire, puis faire fonctionner, des machines qui exterminent des peuples. J’en ai fait des cauchemars. Une nuit, j’étais à Treblinka, le lendemain, à Auschwitz, le surlendemain, à Sobibor. Mes parents et amis ne savaient plus quoi faire, ni quoi dire, pour me rassurer un peu. Lors de mon voyage en Europe à l’âge de 16 ans, je suis allée me recueillir dans un camp près de Berlin, Sachsenhausen, ainsi que dans la maison d’Anne Frank, que j’ai trouvée à pied dans Amsterdam, à partir de la gare, consultant à peine le plan de la ville.

De temps à autre, un film, un livre, une anecdote, une rencontre, me rappellent cette guerre. Je n’oublie pas. Ma révolte est intacte. Parfois, quelqu’un me dit : « encore un film sur la guerre ! », « encore un film sur l’Holocauste ! ». Oui, encore. Il le faut. Pour ne jamais oublier. Parce que les générations qui nous suivent ne sauront pas, si on ne raconte pas. Parce qu’il ne faudra JAMAIS laisser l’histoire se répéter. Elle se répète déjà sournoisement partout sur la planète. Je pense à la RDC, au Darfour, à tant de ces conflits anonymes.

Ce qui nous pend au bout du nez, comme catastrophe planétaire, pourrait être quelque chose de différent, et donc nous prendre « par surprise » (ce ne sont pourtant pas les Cassandre qui manquent dans ce monde, lançant les signaux d’alerte de toutes les façons possibles et inimaginables !). C’est que nous sommes à moins de deux degrés Celsius d’un point de non retour, d’un point d’où les éléments s’emballeraient au point de menacer la survie de l’humanité - d’ici à peine deux ou trois générations. Désolée. Ce sont des mots durs. Vous pouvez me lancer des tomates si vous voulez. Ce sont les mots de bien des scientifiques, dont Hubert Reeves. Lui s’inquiète parce qu’il est grand-père. Moi je m’inquiète parce que je suis mère. (Je ne veux pas que les petits-enfants de Léonard et Philémon voient l’humanité disparaître. Est-ce légitime ?) Nous nous inquiétons tous deux parce que nous sommes des citoyens solidaires de toutes les personnes qui peuplent cette planète. Et cette fois-ci, la cause de cette catastrophe annoncée est notre quotidien. Nos chars, nos produits de consommation tout pimpants, notre agriculture industrielle. Notre mode de vie ne nous sera d’aucun secours le jour où la survie de nos arrière-petits-enfants sera en péril. (Ah, ces générations futures ! Facile à dire pour une Occidentale. Il y ma présentement dans le monde des dizaines de millions de réfugiés climatiques… 98 % d’entre eux habitant des pays en voie de développement. J’ai bien écrit présentement…)

Mais je m’éloigne de l’exercice que je voulais faire ce soir. Ce sera pour un prochain billet, car celui-ci est déjà assez costaud, n’est-ce pas ? ! (Je vous rassure, ce blogue ne porte pas le sous-titre de « Petits et grands bonheurs » pour rien. Je me délecte vraiment des bonheurs de ma vie. Ne vous inquiétez donc pas. Ce billet est dur parce que, justement, je sens avec insistance, jusque dans mes tripes, à quel point la souffrance a existé, existe et existera encore. D’où la nécessité de jouir de la vie mais aussi de le faire avec respect et engagement ! Tiens, cette lucidité de l’horreur serait-elle un des moteurs de mon engagement, justement ?)

Voici un aperçu de ce que je me promets de revenir faire ici, sous la forme de ce qui pourrait servir d’introduction à mon prochain billet :

Une quasi constante dans tous les témoignages de la Deuxième guerre mondiale que j’ai lus : les survivants, avant de raconter l’horreur, insistent pour se souvenir de leurs vies d’avant. (Sauf Martin Gray d’Au nom de tous les miens, qui affirme qu’il est né à 14 ans, avec la guerre). Ce sont parfois quelques paragraphes, ou seulement quelques lignes. Je n’ai aucune difficulté à me rappeler certaines d’entre elles :

Avant, on se permettait de peler les pommes de terre, d’en jeter les épaisses pelures.

Avant, le samedi matin, je lisais un bon roman policier au lit.

Avant, je prenais des cours de natation. Je sortais danser. Je...

Avant la guerre, l’horreur, la mort, la désolation, la famine, le froid… Avant, c’était bon.

Il y a longtemps que je veux faire un exercice inspiré de ces souvenirs de la vie d’avant-guerre : imaginer ce que j’aurais envie de décrire comme étant « mon avant » - la bonne vie précédant une catastrophe qui aurait déchiré nos vies. Ne serait-ce que pour me rapprocher de tout ce bon qui emplit ma vie. Car du bon, il y en a à la tonne, et on est habituellement capables de le nommer, n’est-ce pas ? Mais sans penser aux épaisses pelures de pommes de terre jetées avec insouciance aux moineaux…