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Causes : Mon horloge à gauche

cycle_de_nuit.jpgUne minorité de gens écrivent de la main gauche, jouent de la basse de la main gauche, caressent leur chat de la main gauche. Il y a moins de cent ans encore, on les ostracisait; on les forçait à faire « comme tout le monde » (dès la petite école, où on leur attachait la main gauche à une patte de table, ou pire, en leur frappait les doigts de cette main impure !) parce qu'utilisr sa main gauche était un acte... du Diable. Puis, peu à peu, on a compris qu'il n'en était rien. Les gauchers ont eu droit d'utiliser leur main gauche. Des ciseaux pour gauchers ont vu le jour. Paul Mc Cartney est gaucher; Barack Obama aussi. Et mon beau Léonard !

Moi aussi, je suis gauchère. Mais pas de la main. Du sommeil.

Pour une minorité de gens, la soirée est toujours jeune. À 22h, ils décorent le salon, montent un album photos, rédigent leur rapport d'impôts. Toute tâche qui se présente à eux leur apparaît légère. À 23h, ils partent une sauce à spaguetti maison sur le feu. Minuit ? C'est le temps de prendre un bain, lire un bon roman, écrire des lettres à des amis...

Pour cette minorité de gens, le mot « matin » est synonyme de bon sommeil. Je le sais, je suis l'une de ces personnes. Lorsque le soleil se lève et que les oiseaux chantent, mon sommeil est profond, délicieux, réparateur. Mes meilleures heures de sommeil ? Entre 2h et 10h du matin.

Je ne sais comment vous réagissez à la lecture de ces lignes, mais je me doute que pour bon nombre de lecteurs (heureusement, pas tous), la réaction est semblable à celle de la plupart des gens à qui je parle : « tu n'as qu'à te coucher plus tôt », « c'est avant minuit que se trouvent les meilleures heures de sommeil », « c'est une mauvaise habitude que tu as prise », « tu vas voir, avec des enfants, ça va changer », etc. etc. etc.

Je ne me suis jamais habituée à ces jugements. Comment un couche-tôt/lève-tôt peut-il savoir comment fonctionne le corps d'une personne dont le cycle de sommeil est différent ? Est-ce que je juge les gens qui cognent des clous à 21h ? Qui débordent d'énergie à 8h du matin ? Qui affirment ne plus avoir les idées claires pour participer à des réunions importantes passé 16h ?

Si vous êtes de ces personnes qui ne comprennent pas que les couche-tard/lève-tard puissent agir ainsi autrement que par caprice, et si vous êtes de ces personnes qui fonctionnent très bien lors du sprint du matin dès 6h ou 7h et en travaillant dès 8h ou 9h, faites l'exercice de comparaison suivant :

Imaginez-vous que votre patron vous dise qu'à partir de maintenant, l'horaire de travail sera de 16h à minuit. Que des réunions importantes auront lieu vers 21h. Qu'on vous demandera d'être efficace et énergique jusqu'à la fin. Que tout le monde vous dira que c'est donc facile : il suffit de dormir de 1h à 9h du matin, comme tout le monde, voyons, et tout ira pour le mieux.

Comment trouverez-vous votre quotidien ? Comment gérerez-vous votre énergie ? Votre besoin de sommeil ? Aimerez-vous la situation dans laquelle vous vous trouverez ?

Ma situation est identique, mais à l'envers. Tous les jours de ma vie, l'organisation de la société (et mes enfants ! lol) me rappellent que j'ai de l'énergie à revendre au mauvais moment et qu'il m'en manque des tonnes quand ce serait nécessaire.

J'étais une toute petite fille et c'était déjà difficile pour moi. Le jour, les éducatrices de l'école me trouvaient endormie en petit boule sur des matelas dans le coin de la classe. Je me couchais à 20h30 (heure fixée par mes parents pour me permettre de me préparer pour l'autobus scolaire qui passait à 7h30 !) et restait une ou deux heures à me tourner et me retourner dans mon lit, pensant à mille choses, des projets plein la tête, l'esprit vif. Le matin déjà était douloureux. Me lever était dfficile, me préparer aussi. Ça s'est poursuivi à l'adolescence, puis à l'âge adulte.

J'ai fini par consulter la Clinique du Sommeil de l'hôpital Sacré-Coeur. Ils m'ont gardée une nuit, des électrodes plein la tête, m'ont filmée, enregistrée, en plus de tests de sang et d'urine, de la prise de la pression, de la saturation et de la températiure, évidemment; l'analyse des résultats ne m'ont pas surprise. Je sécrète la mélatonine, l'hormone du sommeil, des heures après la moyenne des gens. Tout simplement.

J'ai eu un répit lors de ma deuxième année d'université; la plupart de mes cours étaient l'après-midi et je travaillais le soir. Quelle année extraordinaire ! J'étudiais jusqu'à 2h am, je me levais vers 10h, j'étais au sommet de ma forme ! L'été précédent, j'avais travaillé dans une fruiterie, et j'avais proposé à la patronne d'avoir les quarts de travail de soir. Je faisais du 16h à 23h. Je rentrais chez moi pleine d'énergie : j'aurais refait le monde. Quels beaux souvenirs !

Mais la réalité de la société « à la droite de l'horloge » - pour faire le parallèle avec les droitiers majoritaires – m'a rattrapée lors des stages en enseignement et surtout des années d'enseignement. L'année où j'enseignais à Lachine et me levais à 5h30, j'ai fait une indigestion tous les matins.

Même avant d'avoir des enfants, et lorsque j'ai commencé à travailler pour une ONG, arriver au travail à 9h relevait d'un effort. J'y arrivais rarement (mais restais au bureau jusqu'à 18h avec bonne humeur !). Je me sentais coupable, diminuée (et les préjugés tenaces, entendus partout autour de soi, chaque jour, n'aident pas...). Jusqu'à ce que je décide d'accepter cet état; mieux, d'y trouver mon compte !

En effet, il y a des avantages à être énergique, créative et efficace le soir ! Pensez-y :

  • Lorsque nous avions des invités, Jef et moi, et que ceux-ci partaient, disons, vers 23h un samedi soir, mon amoureux regardait la cuisine avec découragement. Pas moi : je lui disais d'aller se coucher, lui qui en ressentait un besoin immense, et moi, je rangeais tout jusqu'à 1h ou 2h du matin, en chantonnant. Le matin, il me laissait dormir pour s'occuper de Léonard. En se levant, il trouvait la cuisine rangée comme s'il n'y avait pas eu d'invités. Pas mal comme arrangement, non ?

  • Lorsque je perdais une heure ou deux de travail durant la semaine ('savez, un dîner qui s'éternise, un appel téléphonique urgent qui gruge du temps, etc.), hop, un soir, la maison bien calme, j'ouvrais l'ordinareur et rédigeait ce fameux rapport, en toute efficacité, de 21h30 à 23h30. Et une bonne chose de faite !

  • Tout simplement, après la mise au lit de Léonard, j'arrivais – surtout avant mon dernier congé de maternité - à faire une multitude de choses : écrire à mes amies, aller aux nouvelles de plein de connaissances, lancer des idées d'activités, organiser des fêtes d'enfant, des sorties, des escapades, des pique-niques, faire des recherches d'écoles, de garderies, de camps de jour, de cours, organiser le calendrier du chalet partagé avec un autre couple, faire les comptes, ranger, cuisiner, lire... Deux à trois heures d'amitiés, de créativité, d'efficacité... tous les soirs !!! Tout en me levant à 7h30, ce qui n'était pas si mal, non ?

  • Etc. Etc.

Et puis, peu à peu, des articles commentant les avantages reliés au fonctionnement du cerveau des couche-tard/lève-tard ont commencé à paraître. L'un deux, du journal le Métro, expliquait que notre cerveau est à son meilleur en terme d'efficacité et de créatvité vers 17h, quand la plupart des collègues n'en peuvent plus. Comme quoi, les uns et les autres seraient complémentaires. Pas fou, hein ? Je l'ai collé au-dessus du moniteur de mon ordinateur, au boulot, un temps :).

Maintenant, je me surprends à rêver qu'un préjugé de plus disparaîtra de nos sociétés. Que les couche-tard/lève-tard cesseront de se sentir « analphabètes du temps ». D'être étiquetés de pareseux, capricieux, inefficaces, que sais-je.

Ça va faire.

***

(La suite de ce billet ici)

N.B. J'ai pris l'image ici : http://www.accrosante.com/famille/sommeil.html. Je suis vraiment décalée par rapport à ce schéma !!!