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Causes : Nous sommes des millions d’oies sauvages

380239_10150823098370266_1389742183_a.jpgAujourd’hui, dernière journée de juin 2012, je pense avec beaucoup d’émotions aux mois qui viennent de passer. Daniel Bélanger l’a chanté : la plus belle saison de ma vie ! Aux côtés de centaines de milliers de Québécois-es, j’ai marché, chanté, discuté, remis en question les dérives du système dans lequel nous croyons « croître », j’ai réfléchi, ri, partagé des informations, des analyses, des caricatures, des poèmes, des photos. J’ai participé à la mise en place d’un nouveau projet de société.

Il était temps. Je suis née pour vivre cette époque, non pas seulement la connaître, mais j’ai bien écrit la vivre, la respirer, cadencer les battements de mon cœur avec ceux des pas, des chants et des casseroles. La justice sociale a toujours été la source de mon engagement, des gestes que je choisis de poser, des causes que je défends, des rêves que je caresse. Elle fut longtemps occultée sur la place publique. Elle est maintenant au cœur des débats.

De plus en plus de gens se rendent compte que les ombres dansantes du fond de la caverne ne sont que supercherie. Que les bases d’un système qu’on nous présente systématiquement comme légitime consistent en fait en une énorme farce insoutenable et responsable du saccage du bien commun. Sortir de la caverne est certes douloureux pour les yeux, mais tellement réjouissant pour le corps et l’esprit ! Voilà pourquoi le Printemps québécois ou érable – ce dont il est question dans ce billet ! –, au-delà des coups de matraques, est aussi la saison fertile de toutes les créations artistiques. Il reste beaucoup à faire, maintenant qu’une masse critique de personnes a mis le nez dans l’embrasure de la caverne; nous sommes arrivés à ce qui commence, comme l’a dit Dominic Champagne en paraphrasant Gaston Miron. Mais déjà les œuvres circulent et nous pourrons raconter à nos enfants que nous y étions. Avec eux.

Beaucoup ont dit que le gouvernement a laissé pourrir la situation. Je crois plutôt que l’abcès, tel un éléphant dans notre salon, était mûr pour crever. Ce liquide immonde qui nous inonde est certes révulsant, mais il existait avant. Il était seulement enrobé de beaux discours, des discours qui nous convainquaient de suivre le chemin tout tracé sans poser de questions.

La grève est étudiante, la lutte est populaire

Janvier fut déjà pour moi porteur d’espoir. Changement de job pour le mieux (que d’exaltation !) et, presque simultanément, message de Dominic Champagne dans ma boîte de réception : le dimanche 22 avril prochain c'est le jour de la terre et il me semble que ça serait le temps de se faire un petit printemps…Rendez-vous, donc, pour le plus gros rassemblement de l’histoire du Québec pour le bien commun ! J’ai tout de suite relayé le message à mes ami-es. Ça me parlait. Je sentais que le mouvement serait déterminant.

Puis, le 13 février, jour de mon entrée en fonction à l’AQOCI, fut aussi et surtout le début de la grève étudiante. Je vous l’avoue bien honnêtement, je n’ai pas saisi ce qu’elle portait. Je suis vraiment de type forêt. Si vous me collez le nez sur un arbre sans m’expliquer la forêt, j’ai encore l’impression qu’on morcelle la cause en petits bouts dénaturés, alors que pour moi, tout se tient. Bien sûr que la hausse des frais de scolarité me paraissait inacceptable, mais je ne pouvais deviner que les jeunes qui allaient monter aux barricades – je les savais brillants, articulés et créatifs, mais je sous-estimais peut-être les fameux Monsieur et Madame tout le monde ?! – arriveraient à allumer un feu dans toutes les strates de la société grâce à leurs messages et leurs argumentaires. Grâce à eux, nous sommes passés d’une minorité de gens qui dénoncent le système non viable dans lequel nous sommes embourbés à un mouvement de centaines de milliers de personnes qui ne veulent plus se faire enfoncer les dogmes au fond de la gorge.

(Une inquiétude est demeurée cependant. De février à juin, je persiste à penser qu’il est extrêmement dangereux de faire de ce conflit un enjeu provincial seulement, alors qu’au fédéral le bulldozer conservateur est en train de saccager plus largement et plus profondément encore. Mais j’ai appris, après 10 ans de travail en mobilisation du public, que les gens sont désespérément plus micro que macro – la cause d’une personne les interpelle mille fois plus que celle de tout un peuple – et que ce qui s’est passé ces derniers mois est déjà un exploit inespéré. Quoique… Je l’espérais ! Que de fois ai-je dit, depuis des années : qu’attendons-nous pour aller massivement dans la rue ?!)

Le Mur des Actualités de mes ami-es Facebook s’est donc transformé en un feu d’artifices en camaïeu de rouges où citations, caricatures , photos, schémas, graphiques, textes critiques, vidéos, témoignages, venaient chaque jour nous informer et nous alerter de ce qui se passait. (Je suis privilégiée d’avoir ce réseau d’ami-es; je sais bien que bien des Québécois-es, durant la même période, n’avaient pas le même portrait de ce qui se passait au Québec sous leurs yeux.)

Quand même, j’aurais pu aussi être exaspérée que des phénomènes qui me sont connus depuis des années, que j’ai étudiés, enseignés puis diffusés dans le cadre de mon travail, aient pris tant de temps à devenir des informations virales, relayées d’une personnes à l’autre à la vitesse Internet. J’ai préféré m’en réjouir. Que de fois, en réunion, avons-nous exprimé notre découragement face à l’inertie des médias et des gens face à nos invitations à s’informer et à agir ? Tout vient à point à qui sait attendre. Il fallait donc attendre que l’abcès soit prêt à éclater et que beaucoup plus de gens de plus en plus informés soient prêts à découvrir la farce, vouloir la comprendre, la dénoncer et proposer de nouvelles solutions. Ce fut au printemps 2012. Et ce printemps ne cesserait de me surprendre, les sources d’indignation venant chaque fois fouetter mon désir d’agir avec plus de vigueur encore.

J’ai donc pédalé ma vie sur les voies cyclables de Montréal, carré rouge au vent et Philémon derrière moi chantonnant « roule roule ! carré rouge ! » chaque fois que nous passions devant un balcon de Villeray affichant haut et fort le morceau de tissus plus grand que nature.  J’ai donc discuté avec des tas de gens, chaque soir sur Internet – partagé des découvertes, encouragé chacune et chacun, décortiqué les informations pour mieux les comprendre et multiplier les angles. ET je me suis fait de nouvelles amies-mamans-engagées de Limoilou, Gatineau et St-Jérôme !

J’ai donc marché lors de quelques manifs sur les centaines des derniers mois : la familiale du 18 mars, Philémon délaissant vaillamment la poussette pour marcher avec vigueur au soleil de Berri à Papineau ; celle du 22 avril où Léonard était tout fier quand on lui disait : « ils sont chouettes tes parents ! Inviter 300 000 personnes à ton anniversaire ! »; celle du 22 mai toute seule mais croisant quantité de magnifiques ami-es; un samedi soir de casseroles en famille dans Villeray, Philémon dégustant son cornet de crème glacée à l’arrière du vélo dans un cortège de 5 000 personnes se dirigeant vers leurs rencontres surprise quotidiennes avec les milliers venus de Rosemont et du Centre-Ville; une autre de casseroles où seule je suis descendue de Villeray jusqu’au Centre-Ville et ai senti l’atmosphère changer lorsqu’elle devint une manif de nuit; et celle du 22 juin avec Léonard et une amie. Plus quelques casseroles du coin de la rue, plusieurs soirs, un nouveau rituel de dodo pour les enfants !

521469_10150967639660266_1564399875_n.jpgAh, ces casseroles… Je ne pensais pas vivre un jour une telle effervescence, une telle complicité avec des milliers de gens simultanément, un tel désir de dénoncer, de désobéir à l’injustice, de se tenir debout, une telle jubilation partagée jusque dans les nouvelles images inventives créées à la suite des premières soirées de casseroleux heureux en colère… oui, heureux.

 Je nous sais porteurs de solutions; nous ne sommes pas que des chialeux. Surtout, nous sommes de toutes les générations et de tous les milieux. Il y a la Chorale du Peuple, les Parents contre la hausse, les manifestant-es de Paris, New York et Rio (entre autres villes) en solidarité avec le Québec, les Profs contre la hausse, les étudiants de Concordia qui ont tout filmé en direct sur CUTV, les Mères en colère et solidaires, les Aînés contre la hausse, les Têtes blanches carrés rouges, les touristes de passage qui ont témoigné avoir vécu les plus belles vacances de leur vie à taper sur des casseroles, les Juristes contre la hausse, Anarcho panda le sublime prof de philo, et tous les autres… Tellement d’autres !

Avant de passer à mes recommandations de vidéos, textes et autres documents souvenirs, je vous laisse avec deux statuts Facebook. Le premier est celui d’une amie européenne qui vit au Québec depuis nombreuses années; l’autre est de moi, inspirée par le leitmotiv d’Hugo Latulippe et la chanson/le clip vidéo Les oies sauvages de mon groupe préféré, Mes Aïeux :

-      "Amis de Belgique, de France et d'ailleurs: J'ai choisi de vivre au Québec et les raisons de ce choix peuvent se résumer ainsi:
Au-delà d'une lutte intense pour des valeurs fondamentales bafouées, le printemps érable est symbolisé ici par des manifestations de casseroles, une banane qui joue au preacher gauchiste et un panda anarchiste.
Québec, je t'aime intensément !"

-      "Nous sommes des millions... d'oies sauvages. Volant contre le vent, en gang, croassant, en coeur, se serrant dans le froid, en famille, on est en train de se choisir un nouveau pays..."

Mes 4 vidéos préférées (parmi une centaines !) :

-     Heureux d'un printemps

     Lipdub rouge

-      Les oies sauvages de Mes Aïeux

-      Une vidéo des casseroles dans Rosemont

-      Une vidéo des casseroles dans le Mile end

Des chansons qui resteront associées – au moins dans mon esprit - au Printemps québécois :

-     Les oies sauvages de Mes Aïeux (bis !)

      Le bruit des bottes de Yann Perreau (voir le Lipdub rouge !)

        Jeudi 17 mai 2012 d’Ariane Moffatt

-      Libérez-nous des Libéraux (même si elle date de 2003 !) des Loco Locass (v. lipdub rouge !)

     Les blogues que j’ai le plus souvent recommandés :

-      Jean Barbe

-      Josée Legault

-    Mais aussi Stéphane Billargeon et Tristan Malavoy du Voir, les éditoriaux du Devoir, de nombreux billets des pages Opinions du Devoir, et dans une certaine mesure Patrick Lagacé de La Presse

-    Une mention spéciale à Jean-François Lisée, entre autres pour sa revue des créations hebdomadaires (caricatures, reprises d’images célèbres, etc.)

-      Ne pas manquer les caricatures de Garnotte !

Su  Superbe texte de Laure Waridel

Deux articles explicatifs venus d’ailleurs :

-      Guardian (Grande-Bretagne)

-      Le Monde

La suite politique possible de ce Printemps :

-      Appel au Front uni, réponse de Québec solidaire et entrevue avec Pauline Marois

-      L’Islande en inspire plus d’un

Gr  Grève étudiante mondiale à venir

Et  Mais aussi...

Les Journées québécoises de la solidarité internationale, que je coordonne, porterons sur Une économie juste au service de l’humain en novembre prochain. Lorsque le thème fut choisi le 27 janvier dernier, par 22 représentants d’organismes de coopération internationale de 10 régions du Québec, nous ne pouvions prévoir que ce serait le sujet central des débats le reste de l’année ! Surveillez les dix programmations régionales en consultant ce site qui sera bonifié au fur et à mesure : www.jqsi.qc.ca !

***

N.B. J’ai voulu dans ce billet raconter la façon dont j’ai vécu et ressenti le Printemps québécois – en attendant l’automne ! Oui, j’y fais allusion à ce que ce mouvement dénonce aux côtés de mouvements similaires aux quatre coins de la planète : ce mariage idéologique de la finance et des gouvernements qui saccagent ensemble le bien commun - ressources naturelles et services publics – pour nourrir une bête qui n’enrichit qu’une poignée de bonhommes. Mais je n’ai pas voulu en faire un essai explicatif des dérives de ce système. Je travaille à rendre disponibles de tels outils chaque jour à mon travail. Cette fois-ci, il s’agit d’un compte rendu bien personnel.