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Causes : Pour mes fermiers de famille

MarieMDD.jpegLe 23 octobre 2011, Équiterre fêtait les 15 ans de l'Agriculture soutenue par la communauté en direct de la Maison du développement durable (ils avaient pensé à tout, de la salle de jeu au banquet en passant par la visite de la Maison... et même à la danse traditionnelle québécoise !).  Je leur ai offert de livrer mon témoignage de partenaire de fermes depuis l'automne 2002, et j'ai eu beaucoup de plaisir à rédiger cette lettre où souvenirs, humour, recettes, et rimettes se côtoient ! Ne me reste qu'à me pratiquer à parler dans un micro, maintenant ;).

Il y aura neuf ans ces jours-ci, une collègue m’a appris qu’il y avait un point de chute de « paniers bios » près du travail, que la saison d’hiver allait bientôt commencer, et qu’il restait des places pour devenir « partenaire ». Du projet « Agriculture soutenue par la communauté » d’Équiterre, a-t-elle ajouté.

Je n’avais jamais entendu parler de l’ASC, mais j’ai immédiatement compris que cela allait de soi et deviendrait partie prenante de ma vie, là, tout de suite ! J’ai eu l’impression qu’un gros morceau de casse-tête venait de prendre place sur ma table de cuisine.

Des légumes de saison, me suis-je dit. Enfin, j’allais manger des asperges en juin, des poivrons en août et des navets en février. Enfin, j’allais faire rythmer mon alimentation en fonction des saisons !

Un fermier de famille, me suis-je dit aussi. Le Québec manque cruellement de médecins de famille… mais on peut se choisir un fermier de famille ! N’était-ce pas un choix santé que je faisais là ? Des légumes et fruits frais, produits dans le respect de l’environnement, et transportés sur une courte distance jusque dans mon assiette !

Parce que c’était plus qu’un choix santé de ma petite personne. C’était le choix d’un Québec en santé, de nappes phréatiques en santé, d’une faune et une flore en santé, d’un fleuve St-Laurent en santé. Une agriculture qui ne détruit pas l’environnement qui la nourrit, ça existait donc ?!

Ça existait aussi, poser un geste de solidarité envers des agriculteurs d’ici qui avait le courage – oui, le courage, je pèse mes mots, car ils n’ont pas choisi la voie de la facilité – de faire de l’agriculture biologique à échelle humaine ? De choisir la biodiversité plutôt que la monotone monoculture ?

Ce qui m’a tout de suite frappé l’esprit aussi, c’est que l’ASC est une sorte de cousine du commerce équitable. À l’automne 2002, je venais de faire le choix de travailler dans le domaine de la solidarité internationale. Le commerce équitable, pour moi, occupait déjà une belle place dans le casse-tête de ma table de cuisine, et l’occupe toujours. Exprimer ma solidarité envers les petits producteurs du Sud, c’était déjà vital pour moi à l’époque. Et là, on m’apprenait que je pouvais dès maintenant poser un geste d’engagement envers une ferme familiale du Québec ! J’étais certainement prête à payer d’avance, en amont de chaque saison, pour concrétiser cet engagement.

J’ai donc sauté à pieds joints dans l’ASC. Pour manger ENFIN de saison. Santé. Bio. local. Solidaire. La totale.

Ben devinez quoi. Je ne pensais pas autant aimer ça !

Je ne pensais pas autant apprécier l’atmosphère aux points de chute. Après le boulot, chacun arrive plus ou moins pressé, salue son fermier de famille et pioche dans les boîtes ce qui fera le bonheur de ses papilles. On peut même jouer aux paniers d’échange ! Radis géants, je ne veux pas vous vexer, mais vous prenez vite le bord… puis faites le bonheur d’un autre partenaire !

Je ne pensais pas tripper comme une gamine à Noël chaque fois que j’allais déballer mon panier. Chouette, de la fleur d’ail ! Yé, des pâtissons ! Wow, des tomates cerises ! Miam, des topinambours !

Des topinambours ? Ben oui. Mon papa est devenu fou de ce petit tubercule au look ingrat, sorte de croisement entre une racine de gingembre et une patate… et qui goûte un tantinet l’artichaut. Sautés à la crème, en potage ou en trempette, on ne peut plus s’en passer.

Des panais ? Ces espèces de carottes blanches ? Aye, ce ne sont pas des « espèces de ». Ce sont des délices caramélisés au four qui nous font oublier les guimauves des feux de camp.

Du céleri-rave ? Pas la rémoulade des bars à salade de cafétérias, toujours ? Mais non. Vous goûterez à son effilochée aux flocons d’érable, vous autres, et vous m’en donnerez des nouvelles !

Des pousses de tournesol ? C’est quoi ce truc granole ? Que nenni, mes amis. Servis avec de fines tranches de poires dans une émulsion d’huile d’olive et de citron, ces pousses apportent fraîcheur et croquant à un ragoût réconfortant. S’ennuyer de la laitue l’hiver, est-ce vraiment nécessaire ?!

Bref, je ne pensais pas que la diversité qu’offrent les changements de saison allaient à ce point me ravir. Me pousser à trouver des recettes géniales, à vouloir les faire et les refaire. Et à me régaler.

Je ne pensais pas non plus que j’allais monter mes menus à partir des légumes… quitte à ce que la viande devienne l’accompagnement !

En parlant de viande, faut que je vous parle de vaches rencontrées dans des champs de l’Estrie. Parce que, oui, j’ai succombé aux charmes de la viande bio-locale-solidaire itou. Une fois par mois, quand je vais cherchais mes légumes, une gentille dame nous accueille et nous propose les meilleures saucisses de Montréal dans ses glacières. J’ai pris l’habitude de commander d’avance. Un petit peu de tout, parce que c’est toujours bon, et que vraiment, moi qui veux encourager la bouffe saine dans un champ sain, je ne peux m’empêcher de souhaiter que les animaux puisse aussi bénéficier d’une vie saine.

La dame en question organise parfois des visites familiales sur sa ferme. Visite est un mot bien humble. Elle nous a accueillis comme des rois, pique-nique sous les arbres, petite fermette pour les enfants et promenades en carriole décorée de gerbes de tournesol. Mon petit garçon de la Terre a trippé, littéralement.

Eh oui, depuis 2005, c’est ma petite famille au grand complet qui est partenaire d’une ferme de paniers bios !

Un premier petit garçon donc, puis un deuxième, ont vécu grâce à l’ASC une « introduction aux aliments solides » pas mal plus poétique que ce que dictent les guides de puériculture ! Je ne pensais pas avoir un jour un congélateur rempli de petits cubes multicolores qui voudraient dire tant de choses pour moi. Purées de haricots, de carottes, de betteraves, de courges – oh, j’ai oublié de vous dire que je suis pro-cucurbitacées, surtout depuis que je fréquente celles-ci avec assiduité ! – et de tant d’autres bons légumes. Les fruits ne sont pas en reste. Le melon fait des merveilles avec les petits. Et que dire des granités ?

Le premier hiver de mon premier, j’ai eu un moment d’inquiétude que j’ai partagé avec mon chéri : « Penses-tu que l’alimentation de notre bébé est assez variée ? » Mon chum a bien ri : « tu en connais beaucoup, toi, des bébés de 8 mois qui trippent rabioles ? »

Tant qu’à ça… c’est bien vrai. Ma famille mange bio local et solidaire dans la même bouchée. Assaisonnée d’épices équitables, je ne connais pas d’option plus complète.

81 mois en ASC plus tard, merci à mes fermiers de famille et à Équiterre !