Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Causes : Acheter selon ses valeurs, un exercice paradoxal mais délicieux au final

rhubarbe.jpgJe vais vous faire une confidence : ce texte est écrit depuis quelques semaines mais je ne l’avais pas encore mis en ligne.  Depuis, nous avons eu notre premier panier bio de l’été et j’ai fait une recette tellement succulente avec la rhubarbe bio locale de mon fermier de famille que je cherchais un prétexte pour en parler ! Alors voilà, c’est fait : prenez la recette de Croustillant de rhubarbe et de fraises à la ricotta de Martine la banlieusarde, remplacez les fraises par des cerises dénoyautées (ou non dénoyautées si vos enfants sont assez vieux pour gérer les noyaux et ainsi profiter du goût d’amande que ceux-ci diffusent à la cuisson) et la vanille par de l’essence d’amande, et préparez-vous à grogner de plaisir à chaque bouchée !  Je vous aurai prévenus !

Déjà l’été dernier, cela m’avait frappée.   

La « mode » de l’achat local battant son plein, le IGA arctique de Châteauguay (nous l’appelons ainsi car l’été il y fait si froid qu’on doit s’apporter des vêtements chauds – trouvez l’erreur d’efficacité énergétique ici ?  Des congélateurs et des frigos ouverts, sans porte, des hauts plafonds… Pff !) misait sur les produits québécois en leur apposant une belle étiquette bleue.  Résultat ?  Des fruits et légumes normalement vendus en vrac posés sur une barquette de styromousse et enveloppés de pellicule plastique… Tout ça pour arborer un autocollant vantant les gaz à effet de serre économisés par l’achat local. Logique, non ? Cohérence épatante, plutôt ! 

Autre arrêt dans la région : nous cherchons des framboises et des fraises et nous rendons dans un gros marché de fruits et légumes à ville de Mercier.  Or, les baies qui y sont vendues sont de Sainte-Anne-des-Plaines !!!  Nous nous rendons donc quelques mètres plus loin, là où les producteurs vendent leurs fraises et leurs framboises sur le bord de la route.  Y comprenez-vous quelque chose, vous ?

C’est maintenant le printemps 2008.

Mon pseudo-IGA de Montréal n’indique que rarement la provenance des fruits et légumes en vrac. Je me promène dans mon quartier de prédilection, le Mile End, et m’arrête devant une épicerie pleine d’épices et de produits exotiques que j’affectionne tout particulièrement.  Je demande au commis d’où proviennent les asperges et il me répond : « parlez anglais ? »  Bon, déjà, il ne m’a pas demandé « speak english ? », mais moi, j’encourage la biodiversité, la diversité culturelle ET la diversité linguistique, alors je passe mon chemin…  Je ne suis pas fière de moi car je crois beaucoup au dialogue, à l’échange, j’adore aller à la rencontre des gens de toutes les cultures, et je crois être très nuancée et sereine dans le branle-bas médiatique des accommodements raisonnables (je crois vraiment en un Québec francophone où les rencontres entre cultures d’origines diverses enrichissent la vie en société) mais disons que parfois, je ne trouve pas l’inspiration du geste le plus constructif, alors je passe mon tour... Comme cette fois-ci.

J’arrive dans une boutique qui s’affiche équitable, à la frontière entre le Mile End et Outremont. C’est que je n’ai plus d’huile d’olive et souhaite acheter la Zeitouna, de Palestine, certifiée équitable.  À ma grande surprise, ils n’en tiennent pas ! « Trop connotée politiquement », me dit-on.  Je réplique qu’elle est la seule certifiée équitable. On me répond que c’est trop délicat, dans ce quartier (comprendre : où vit une importante communauté de juifs Hassidiques – je raconterai un jour comme j’y ai vécu plein d’expériences POSITIVES avec cette communauté).  Eh bien, j’ai rétorqué : « j’ai beaucoup d’affinités avec la communauté juive, je me demande même si je n’étais pas juive dans une autre vie, et pourtant je n’ai aucun scrupule à encourager des Palestiniens producteurs d’huile d’olive ???!!! »  

J’avais déjà écrit au bas de la note Achat bio ET local que je déteste qu’on me polarise et/ou qu’on polarise les débats. On dirait qu’il faut toujours être d’un côté ou d’un autre : local OU bio, environnement OU solidarité internationale, ici OU ailleurs... Alors que moi j’essaie de tendre vers une cohérence plus globale et sereine. Du mieux que je peux ! Il y a certainement des jours où c’est plus simple que d’autres ; en tous cas, j’essaie d’y mettre mon grain de sel et d’y prendre plaisir, comme le recommande si positivement Laure Waridel ! Mieux encore, je me délecte. Alors !!!

Crédit photo : http://terreadelie.no-distance.net/